Budget 2026 : 6 358 milliards FCFA pour transformer l’économie gabonaise ; Thierry Minko entend construire une économie de production durable
2026-05-13 10:10:00
Entre discipline budgétaire, décentralisation et lutte contre la vie chère, le ministre gabonais de l’Économie Thierry Minko affiche une ambition claire : sortir définitivement d’un modèle de rente pétrolière pour construire une économie de production durable. Avec un budget 2026 en hausse de 51 %, le gouvernement veut accélérer les investissements structurants tout en rassurant ses partenaires financiers internationaux.
Nommé à la tête d’un super ministère stratégique, Thierry Minko incarne la nouvelle doctrine économique du Gabon post-transition : restaurer les équilibres financiers sans freiner la transformation du pays. Face à une économie longtemps dépendante du pétrole, le ministre défend une vision fondée sur la production, l’investissement et la territorialisation de la croissance. Le projet de budget 2026, arrêté à 6 358,2 milliards de FCFA, marque ainsi une rupture assumée avec les années de sous-investissement. Infrastructures, énergie, eau potable, voiries et assainissement deviennent les piliers d’une relance pensée comme un levier de souveraineté économique. « Chaque franc dépensé doit produire de la croissance et de l’emploi », martèle le ministre, conscient que la crédibilité financière du Gabon se jouera désormais sur la capacité de l’État à transformer la dépense publique en résultats visibles pour les populations.
Cette stratégie passe également par une montée en puissance des collectivités locales. Sans confirmer l’idée d’un transfert de 10 % du budget national aux territoires, le ministre souligne néanmoins une progression historique des ressources allouées aux communes et départements, qui passent de 52,7 milliards à 78,5 milliards de FCFA entre 2025 et 2026. À cette enveloppe s’ajoutent près de 172 milliards de FCFA d’investissements territorialisés dans les routes, l’assainissement et l’accès à l’eau. Libreville, Owendo, Akanda, Essassa ou encore l’axe Abaga-Bikélé figurent parmi les zones ciblées par ces financements massifs. À travers cette orientation, le gouvernement entend rapprocher l’action publique des réalités locales et réduire les déséquilibres territoriaux qui freinent depuis des années l’émergence économique du pays. Pour l’exécutif, la décentralisation n’est plus seulement un principe administratif ; elle devient un instrument de croissance et de stabilité sociale.
Mais cette ambition économique se heurte à une équation délicate : préserver le pouvoir d’achat tout en renforçant la discipline budgétaire exigée par les partenaires internationaux, notamment le FMI. Dans ce contexte, la future taxe forfaitaire d’habitation suscite déjà des tensions sociales. Thierry Minko tente de désamorcer les critiques en présentant cette réforme comme un outil d’équité fiscale destiné à élargir l’assiette des recettes hors pétrole. En parallèle, le gouvernement promet des mécanismes de protection sociale, parmi lesquels la Centrale d’achat chargée de réduire le coût des produits essentiels. Avec une croissance projetée à 4,2 % hors pétrole en 2026, portée par le BTP, l’agro-industrie, le numérique et les industries de transformation, le Gabon veut convaincre qu’une autre trajectoire économique est possible. Reste désormais à traduire les annonces budgétaires en résultats concrets, dans un contexte international instable et sous l’œil attentif des marchés financiers comme des citoyens.