Centrale solaire de la Plaine d'Ayeme : vitrine énergétique ou promesse inachevée ?



2026-02-20 10:08:00

Inaugurée comme un tournant énergétique majeur, la centrale solaire de la Plaine d’Ayeme peine encore à tenir toutes ses promesses, révélant les fragilités structurelles du réseau électrique du Grand Libreville.



Présentée en novembre 2024 par le président Brice Clotaire Oligui Nguema comme une réponse structurelle aux délestages chroniques du Grand Libreville, la centrale solaire de la Plaine d’Ayeme devait symboliser l’entrée du Gabon dans une nouvelle ère énergétique. Réalisé par l’entreprise française Solen pour un coût estimé à 60 milliards de FCFA, le projet ambitionnait de produire 30 MW dans une première phase, avant d’atteindre 120 MW à terme. À l’époque, l’argument était double : soulager durablement les ménages soumis aux coupures répétées et engager le pays dans une transition vers une énergie plus propre, réduisant la dépendance aux centrales thermiques coûteuses et polluantes.

Un an et demi plus tard, la réalité apparaît plus nuancée. Selon des informations concordantes, l’installation ne délivrerait qu’environ 7,5 MW de puissance disponible, loin des capacités initialement annoncées. En cause : des contraintes liées au stockage et à l’injection sur un réseau jugé fragile, dont la modernisation n’a pas suivi le même rythme que l’investissement de production. Toute l’électricité produite est pourtant destinée à la Société d'énergie et d'eau du Gabon (SEEG) dans le cadre d’un contrat d’achat à long terme signé en 2022. Mais une centrale, aussi performante soit-elle, ne peut compenser à elle seule les failles d’un réseau de distribution vétuste, marqué par des pertes techniques et une capacité d’absorption limitée.

L’opérateur assure que la montée en puissance sera progressive et que des ajustements techniques sont en cours pour atteindre les niveaux promis. Reste que, pour les ménages du Grand Libreville, les délestages demeurent une réalité quotidienne, alimentant le scepticisme. Au-delà du cas d’Ayeme, c’est toute la question de la cohérence de la politique énergétique qui se pose : investir massivement dans la production sans moderniser simultanément le transport et la distribution expose à un rendement politique et social amoindri. La centrale solaire demeure une infrastructure stratégique ; encore faut-il que l’écosystème technique qui l’entoure soit capable d’en révéler pleinement le potentiel.