Contrefaçon des manuels scolaires : quand les « Editions Ntsame » sont pillées sur le marché national



2026-09-23 15:58:00

Ils ont conçu, écrit, corrigé, illustré et édité des manuels scolaires destinés à mieux ancrer l’enseignement dans les réalités gabonaises. Mais les Éditions NTSAME affirment aujourd’hui découvrir leurs ouvrages reproduits et commercialisés sans autorisation, en plein cœur du Gabon. Des saisies ont été effectuées et une procédure judiciaire est désormais engagée. Derrière cette affaire de manuels scolaires se dessine un problème plus profond : celui d’un marché capable de consommer la création gabonaise tout en fragilisant ceux qui la produisent.



Le paradoxe d’un livre gabonais… piraté au Gabon

La Collection Concorde était censée traduire une ambition : produire des supports pédagogiques conçus au plus près de l’histoire, de la culture et des réalités sociologiques du pays. Après plusieurs mois de signalements, les Éditions NTSAME indiquent avoir vérifié la présence de copies présumées contrefaites dans plusieurs points de vente. Une opération menée le 10 septembre aurait conduit à la découverte d’exemplaires reproduits sans autorisation, puis à leur saisie par les services compétents. Des vendeurs ont été interpellés avant d’être remis en liberté provisoire, tandis que des scellés auraient été apposés sur certains établissements. Le dossier a été transmis à la justice le 21 septembre. Les responsabilités devront donc être établies par les juridictions compétentes. Mais une question s’impose déjà : comment prétendre construire une industrie gabonaise du savoir lorsque des œuvres produites localement peuvent être copiées et revendues sur leur propre marché ?

Le piratage ne vole pas seulement un livre, il vole une filière

Derrière chaque manuel contrefait, il y a bien plus que quelques pages reproduites. Il y a des auteurs dont le travail intellectuel n’est pas rémunéré, des illustrateurs, correcteurs, graphistes et imprimeurs dont le savoir-faire est contourné, ainsi qu’un éditeur qui supporte les coûts de conception, de fabrication et de distribution. La contrefaçon transforme donc l’investissement légal en risque économique et peut décourager ceux qui veulent encore créer au Gabon. L’affaire Concorde devrait dès lors dépasser le seul cas des Éditions NTSAME : elle pose la question de la protection effective de la propriété intellectuelle et de la capacité du pays à défendre ses créateurs. Un pays qui veut produire ses propres manuels, ses propres œuvres et ses propres savoirs ne peut pas laisser le piratage devenir le moyen le plus facile d’en tirer profit.