Crimes contre l’humanité au Gabon : enquête entravée par le Quai d’Orsay
2026-03-06 09:25:00
Des documents internes suggèrent que le ministère français des Affaires étrangères aurait entravé l’enquête sur la répression sanglante qui a suivi la réélection contestée d’Ali Bongo au Gabon en 2016.
L’Office central de lutte contre les crimes contre l’humanité (OCLCH) cherchait à examiner les arrestations arbitraires, tortures et exactions, ainsi qu’une possible implication de ressortissants français.
À l’été 2016, le Gabon traverse une crise électorale majeure. Jean Ping, opposant au régime Bongo et candidat à la présidentielle, conteste les résultats proclamant la victoire d’Ali Bongo. Des manifestations populaires éclatent à Libreville, rapidement réprimées par l’armée. L’assaut du QG de Ping, marqué par des tirs depuis un hélicoptère et l’intervention d’hommes cagoulés au sol, entraîne de nombreuses victimes, dont des binationaux.
Deux plaintes sont déposées en France pour « arrestations et détentions arbitraires, tortures et crimes contre l’humanité ». L’enquête est confiée à l’OCLCH, un service rattaché à la gendarmerie nationale. Son objectif : déterminer l’ampleur de la répression et la possible implication de ressortissants français dans les exactions. Cependant, selon des documents internes consultés par Marianne, le Quai d’Orsay aurait caviardé une liste de pièces essentielles demandées par l’OCLCH, entravant ainsi le travail de l’enquête. Cette situation relance les interrogations sur le soutien historique de Paris au clan Bongo, au pouvoir depuis 1967.
La crise de 2016 reste un épisode sanglant de l’histoire gabonaise, révélant à la fois les tensions internes et les enjeux internationaux autour du rôle de la France dans le maintien du régime. L’enquête demeure cruciale pour établir la vérité et la responsabilité dans ces événements tragiques.