Gabon : La santé mentale est l'un des grands défis de notre époque , interview exclusif de Mme Wilma SICKOUT ASSELE



2026-06-04 09:54:00

En trente ans d’existence, j’ai choisi de transformer Kayanne Galerie, malgré des années de difficultés personnelles, de souffrances physiques, morales et psychologiques en 2018, j’ai trouvé la force de relancer ce projet qui me tient profondément à cœur. J’avais alors mis en place une stratégie ambitieuse, notamment avec la création de la Salle des Créateurs. Malheureusement, cette dynamique a rapidement été freinée par une succession d’événements indépendants de notre volonté : la crise sanitaire liée au Covid-19, les longues périodes de couvre-feu, les tensions politiques et les bouleversements qu’a connus le pays.



Après plusieurs années, pourquoi avoir choisi de relancer Kayanne Galerie aujourd’hui ?

En trente ans d’existence, j’ai choisi de transformer Kayanne Galerie, malgré des années de difficultés personnelles, de souffrances physiques, morales et psychologiques en 2018, j’ai trouvé la force de relancer ce projet qui me tient profondément à cœur. J’avais alors mis en place une stratégie ambitieuse, notamment avec la création de la Salle des Créateurs. Malheureusement, cette dynamique a rapidement été freinée par une succession d’événements indépendants de notre volonté : la crise sanitaire liée au Covid-19, les longues périodes de couvre-feu, les tensions politiques et les bouleversements qu’a connus le pays. Pour un secteur comme l’art, déjà peu ancré dans les habitudes de consommation, ces circonstances ont été particulièrement éprouvantes. Tous les efforts construits pendant des années se sont retrouvés fragilisés. Il m’a fallu puiser une nouvelle fois dans mes ressources pour me relever et poursuivre ce combat. Aujourd’hui, Kayanne Galerie revient sous une forme différente : plus intime, plus sélective, avec une vision renouvelée et de nouveaux projets qui se dévoileront progressivement.

Quel message souhaitez-vous transmettre à travers Kayanne Galerie ?

Mon engagement reste le même : défendre l’art africain et promouvoir notre identité culturelle. À travers Kayanne Galerie, j’ai contribué à de nombreux projets qui ont marqué le paysage gabonais, que ce soit dans la décoration, le design textile ou la valorisation culturelle. Plusieurs lieux emblématiques du pays portent encore aujourd’hui l’empreinte de ce travail. Mais au-delà des réalisations, le véritable enjeu est de faire comprendre que l’identité culturelle ne se limite pas au vêtement. Je salue d’ailleurs les initiatives du Chef de l’État visant à promouvoir le port du pagne. Cependant, notre culture doit aussi se refléter dans nos maisons nos entreprises, nos administrations et nos maisons nos entreprises, nos administrations et nos institutions. Nos espaces de vie doivent raconter qui nous sommes. Ils doivent refléter l’histoire, les symboles et les valeurs de notre patrimoine. L’art ne peut plus être considéré comme un simple élément décoratif. Il est un levier de cohésion sociale, d’affirmation identitaire et de développement. Il est également essentiel de reconnaître le travail des artistes et des professionnels de la culture. On ne s’improvise pas artiste. Le talent, la création et la maîtrise d’un art sont le fruit d’une vocation, d’une discipline et d’un engagement de toute une vie. 

Quelle est aujourd’hui la mission de Kayanne Galerie ?

Ma mission n’a jamais changé : porter l’art, le défendre et le transmettre. Je continuerai à le faire jusqu’à la fin de ma vie. La transmission est au cœur de mon engagement, à commencer par mes propres enfants, mais également auprès des générations futures. Ce qui me donne de l’espoir, c’est que les jeunes générations s’intéressent davantage à l’art que celles qui les ont précédées. Elles voyagent, visitent des musées, découvrent d’autres modèles et comprennent l’importance de la culture dans le développement d’un pays. Cependant, si nous ne créons pas les conditions nécessaires à l’épanouissement des artistes au Gabon, nous risquons de voir émerger des talents gabonais qui feront carrière ailleurs. Nous pourrions demain compter de grands peintres, stylistes ou designers d’origine gabonaise reconnus dans le monde entier, mais installés sous d’autres cieux. Il est donc urgent de bâtir un véritable écosystème culturel capable d’attirer, de retenir et de valoriser les talents nationaux. 

Quel rôle l’art peut-il jouer dans la société, notamment face aux défis liés à la santé mentale ?

L’art joue un rôle fondamental dans le bien-être des individus et dans l’équilibre de nos sociétés, je parle d’expérience. Sans l’art, je ne serais peut-être pas là aujourd’hui. Il a été pour moi une source de résilience et de reconstruction. La santé mentale est l’un des grands défis de notre époque. Face à cette réalité, l’art constitue un formidable outil de guérison, d’expression et d’épanouissement. Il permet de canaliser les émotions, de retrouver confiance en soi et de créer du lien. Par ailleurs, les métiers liés à l’art sont extrêmement nombreux : design, décoration, artisanat d’art, gastronomie, paysagisme, mode, musique, littérature, entre autres. Ils représentent également de véritables opportunités économiques pour la jeunesse. Chaque être humain possède une sensibilité artistique qui ne demande qu’à s’exprimer. L’art révèle les talents, nourrit l’imaginaire et participe à la construction d’une société plus harmonieuse. C’est pourquoi je suis convaincue que l’art soigne, rassemble et contribue au développement humain.

Quel regard portez-vous sur les efforts actuel ?

Je considère comme très positive l’attention que les plus hautes autorités accordent aujourd’hui à l’art et à la culture. Les signaux envoyés sont encourageants et témoignent d’une prise de conscience de l’importance de notre patrimoine culturel. Nous devons assumer pleinement notre identité. Nos masques, nos symboles, nos œuvres et nos traditions ne doivent pas être perçus comme des éléments du passé, mais comme des marqueurs forts de notre modernité et de notre singularité. 

Partout dans le monde, les grandes nations valorisent leur patrimoine culturel. Le Gabon doit suivre cette voie afin que chaque visiteur puisse immédiatement percevoir l’âme et l’identité du pays. Pour ma part, cela fait plus de vingt-cinq ans que je mène ce combat. Malgré les obstacles, les incompréhensions et les résistances, je n’ai jamais cessé d’y croire. Pour moi, c’est une forme de patriotisme : continuer à se battre pour son pays, même lorsque le chemin est difficile. Quant à l’avenir de Kayanne Galerie, il se construira progressivement. Je souhaite en faire un véritable lieu de vie, de rencontres, de création et de transmission. Un espace d’excellence où les talents pourront s’exprimer, où l’art sera valorisé à sa juste mesure et où les Gabonais pourront pleinement se réapproprier leur patrimoine culturel. Avec une perspective de s’étendre dans d’autres pays et transmettre mon savoir, pour continuer le combat que je mène. L’art gabonais possède un potentiel immense. Il ne lui manque qu’une chose : les conditions nécessaires pour lui permettre de rayonner. 

Propos recueilli par Biba 241