Gabon : Le blocus du détroit d’Ormuz risque d’alourdir les subventions aux carburants
2026-04-07 14:19:00
Le détroit d’Ormuz, voie maritime par laquelle transite près d’un quart du flux énergétique mondial selon l’Agence internationale de l’énergie est paralysé. Ceci à cause des frappes américano-israéliennes contre l’Iran qui ont débuté le 28 février 2026. Depuis lors, les questionnements vont bon train au Gabon. Le blocage du détroit d’Ormuz peut-il menacer les exportations du pétrole brut Gabon ? La réponse est non selon un analyste. « La première chose à préciser, c’est que notre pays n’exporte pas son pétrole brut via le détroit d’Ormuz. Le pétrole gabonais est exporté directement par l’Atlantique vers les marchés asiatiques, européens et américains. Sur ce plan, le Gabon n’est donc pas directement exposé au blocage du couloir maritime » souligne-t-il.
Là
où le bât blesse, précise-t-il, c’est du
côté des importations. « Le Gabon dispose d’une capacité de raffinage
limitée et importe une partie significative de ses produits pétroliers raffinés
(carburants, gaz butane, lubrifiants) dont les prix sont indexés sur les
marchés mondiaux. Or ces marchés sont aujourd’hui en pleine ébullition. Selon
l’Agence internationale de l’énergie (AIE), la guerre au Moyen-Orient constitue
« la plus importante perturbation » de l’approvisionnement en pétrole de
l’histoire, les pays du Golfe ayant réduit leur production d’au moins 10
millions de barils par jour. Des routes alternatives existent mais elles sont
elles-mêmes ciblées par des frappes de drones, créant une vulnérabilité
supplémentaire sur les chaînes d’approvisionnement. De fait, si le conflit
perdure, les délais et coûts d’acheminement des produits raffinés vers
l’Afrique centrale pourraient s’allonger sensiblement » relate notre
analyste.
Pour
ce qui est de la crainte sur la flambée des prix à la pompe suite à la
fermeture du détroit d’Ormuz, il souligne que « le risque existe, mais il
est partiellement maîtrisable à court terme ». Au Gabon en effet, les prix à la pompe sont administrés par
l’État via un mécanisme de stabilisation. Ils ne s’ajustent donc pas
automatiquement aux fluctuations des marchés mondiaux. A court terme, cette
régulation protège le consommateur, mais elle a un coût budgétaire important :
chaque fois que le prix mondial des carburants monte, l’État absorbe la
différence sous forme de subvention implicite.
A
ce niveau selon notre analyste, il faut
craindre un risque de dérapage budgétaire des subventions aux carburants.
« Comme nous l’avons déjà signifié, le Gabon administre les prix à la
pompe pour protéger les consommateurs des fluctuations des cours. Si l’État
maintient sa politique de subvention des prix domestiques, il doit
mécaniquement augmenter la part des subventions aux produits pétroliers »
argumente-t-il.
Impact sur les coûts des
biens de consommation
Avec
la crise d’Ormuz, les prix des biens importés par le Gabon pourraient se
renchérir. « Tous les biens importés par voie maritime notamment les
denrées alimentaires, les médicaments, les matériaux de construction, verraient
leurs coûts de transport augmenter. La ménagère gabonaise qui fait son marché à
Libreville achète du riz importé, de l'huile importée, du savon importé. Ces
produits arrivent par bateau. Quand le transport maritime coûte plus cher, le
commerçant répercute tôt ou tard cette charge sur son prix de vente. Et cela
dans un contexte où l’inflation était déjà perceptible avant le début du
conflit » commente l’analyste.
Aussi,
le service de la dette en dollars va s’alourdir mécaniquement, car les grandes
crises géopolitiques apprend-on « déclenchent simultanément une flambée du
pétrole et une fuite vers le dollar, perçu comme valeur refuge ». La crise
actuelle en est la parfaite illustration parce que depuis le 28 février,
« le dollar a gagné environ 2,5 %, et l’euro a touché un point bas face au
billet vert le 15 mars 2026 ».
Construire l’économie de
demain
La
vraie leçon de cette crise, « c’est que le Gabon doit transformer sa rente
en résilience. Non pas consumer les revenus du baril dans des dépenses
courantes, mais les mobiliser pour construire l’économie de demain en
privilégiant les investissements structurants et en réduisant notre dépendance
aux importations. C’est l’économie qui nous protégera lorsque le pétrole ne
sera plus ni abondant, ni cher ».
Le
Gabon devrait mettre en place un
mécanisme public formalisé de stocks stratégiques de produits
pétroliers, comparable à ce que font les grandes économies industrialisées. Dès
le déclenchement de la crise d’Ormuz,
les raffineurs japonais ont par exemple demandé à leur gouvernement de libérer une
partie de leurs réserves stratégiques dès le début du conflit.