« L'heure du Gabonais » : quand le retard devient une norme qu’il faudrait enfin combattre



2026-10-06 11:41:00

Au Gabon, le retard semble avoir progressivement cessé d’être une exception pour devenir une habitude, au point que certains organisateurs anticipent désormais volontairement les horaires annoncés. Un rendez-vous prévu à 15 heures peut ainsi être communiqué pour 13h30 ou 14 heures, dans l’espoir que les participants arrivent finalement à l’heure réelle. Derrière cette désormais célèbre « heure du Gabonais » se cache pourtant un problème plus profond : celui d’une société qui finit par adapter ses règles à l’incivilité au lieu de chercher à la corriger.



Il fut un temps où arriver en retard nécessitait une excuse. Aujourd’hui, dans certains contextes, l’inverse semble presque devenir la norme : celui qui arrive à l’heure est celui qui accepte de patienter. Réunions professionnelles, cérémonies, conférences, événements culturels, rendez-vous administratifs ou même rencontres privées, les horaires annoncés ne constituent plus toujours une garantie de début effectif. Le phénomène est devenu si prévisible que certains organisateurs en tiennent compte dans leur communication. Mais à force de décaler fictivement les horaires pour obtenir une présence réelle à l’heure souhaitée, ne sommes-nous pas en train d’institutionnaliser le retard ? Le plus préoccupant est peut-être là : on ne corrige plus le comportement, on organise désormais le calendrier autour de lui.

Derrière quelques minutes ou quelques heures d’attente se trouve une ressource que personne ne peut récupérer : le temps. Celui qui arrive ponctuellement à une réunion prévue à 15 heures et attend jusqu’à 16 heures n’a pas simplement « patienté » ; il a perdu une heure qu’il aurait pu consacrer à son travail, à sa famille, à un autre rendez-vous ou à un projet. À l’échelle d’une entreprise, d’une administration ou d’un pays, cette accumulation de retards peut également peser sur la productivité et la qualité du service. La ponctualité n’est donc pas une obsession de personnes trop rigoureuses : c’est une forme de respect du temps collectif. Il est temps de sortir de la banalisation de cette « heure du Gabonais ». Un événement annoncé à 15 heures devrait commencer à 15 heures, un rendez-vous fixé à 10 heures devrait être honoré à 10 heures, et une réunion administrative ne devrait pas devenir un exercice d’attente. Car une société qui veut gagner en efficacité ne peut pas continuer à considérer le temps comme une variable d’ajustement. La ponctualité ne fera peut-être pas tout le développement du Gabon, mais son absence peut certainement en ralentir une partie.