Libreville : Quand l’avortement se vend à ciel ouvert dans les marchés
2026-08-14 10:08:00
Dans plusieurs espaces commerciaux de Libreville, des médicaments présentés comme abortifs seraient proposés clandestinement à des femmes confrontées à une grossesse non désirée. Une pratique qui dépasse la simple question du commerce informel et soulève de sérieuses inquiétudes sanitaires.
À Libreville, les marchés ne sont pas uniquement des lieux d’échanges de produits du quotidien. Dans certains espaces très fréquentés, des médicaments présentés comme pouvant provoquer une interruption de grossesse seraient également proposés, en dehors de tout cadre médical. Au marché de Nkembo comme dans le secteur de la gare routière, des témoignages font état de ventes effectuées directement auprès de clientes, sans ordonnance ni accompagnement professionnel.
Pour les femmes confrontées à une grossesse non désirée, ces circuits informels peuvent apparaître comme une solution rapide et discrète, notamment face aux contraintes financières, au manque d’information ou à la peur du jugement social. Mais derrière cette accessibilité se cache une réalité préoccupante : l’acheteuse ne connaît pas nécessairement la provenance, la composition ou le dosage du produit qui lui est proposé. Elle peut également ignorer son terme de grossesse ou présenter une situation nécessitant une prise en charge médicale particulière.
Le recours non encadré à ces médicaments peut exposer à des complications telles que des hémorragies, des infections ou une interruption incomplète de la grossesse. Le risque ne réside donc pas uniquement dans le caractère clandestin de la vente, mais aussi dans l’absence d’évaluation médicale et d’informations fiables autour de leur utilisation. Nkembo et la gare routière illustrent ainsi un phénomène qui pourrait dépasser ces seuls points de vente et s’appuyer sur le bouche-à-oreille ainsi que sur des réseaux informels.
Au-delà de la question du contrôle de la circulation des médicaments, cette situation renvoie à des enjeux plus larges de santé sexuelle et reproductive. Grossesses non désirées, difficultés d’accès à la contraception, manque d’information ou peur du regard social peuvent pousser certaines femmes vers des solutions présentant des risques importants. La réponse ne peut donc se limiter à la répression du commerce informel : elle doit également intégrer l’information, la prévention et l’accès à un accompagnement de santé adapté.
La circulation de médicaments présentés comme abortifs dans certains marchés révèle ainsi une problématique qui mérite une véritable attention sanitaire et institutionnelle. Derrière les étals de Nkembo, les zones de passage de la gare routière et d’autres espaces populaires de la capitale, ce sont des femmes confrontées à des situations souvent difficiles qui se retrouvent exposées à des pratiques sans contrôle. Face à cette réalité, renforcer l’information, la prévention et la sécurisation de l’accès aux soins apparaît comme un enjeu majeur de santé publique.