Mines : le Gabon prépare son retour parmi les grandes puissances minières en misant sur la transformation locale
2026-06-04 14:13:00
Le Gabon est-il en train d’amorcer la plus importante mutation de son secteur minier depuis plusieurs décennies ? À la lecture des orientations dévoilées par le ministre des Mines et des Ressources géologiques, Sosthène Nguema Nguema, la réponse semble être affirmative.
Entre hausse historique des investissements publics, modernisation des outils de contrôle, préparation de nouveaux projets de fer et interdiction programmée des exportations brutes de manganèse à partir de 2029, l’État affiche désormais une ambition claire : transformer ses ressources minières en véritable levier d’industrialisation.
Longtemps dominée par l’exportation de matières premières, l’économie minière gabonaise s’apprête à entrer dans une nouvelle phase. Le manganèse, dont le pays est l’un des principaux producteurs mondiaux, ne devra plus quitter le territoire à l’état brut d’ici trois ans. Une décision stratégique qui vise à capter davantage de valeur ajoutée localement, développer des activités industrielles et créer des emplois qualifiés.
Cette orientation marque une rupture avec un modèle économique dans lequel l’essentiel des richesses générées par les ressources naturelles était créé hors des frontières nationales. En privilégiant la transformation locale, le gouvernement entend renforcer les recettes fiscales, développer un tissu industriel national et améliorer la contribution du secteur minier au produit intérieur brut. Pour accompagner cette ambition, les moyens suivent. Le budget du ministère des Mines est passé de 4,56 milliards de FCFA en 2025 à plus de 68 milliards de FCFA en 2026. Une progression exceptionnelle qui traduit la volonté des autorités d'accélérer la cartographie géologique du territoire, d'intensifier les activités d'exploration et de mieux connaître le potentiel réel du sous-sol gabonais.
Cette montée en puissance intervient alors que plusieurs projets structurants s'apprêtent à franchir des étapes décisives. Les gisements de Belinga, Baniaka et Milingui figurent parmi les projets les plus attendus du continent africain. Leur mise en exploitation pourrait modifier profondément le poids du secteur minier dans l’économie nationale et attirer des investissements de plusieurs centaines de milliards de francs CFA. Mais la réussite de cette stratégie dépendra également de la qualité de la gouvernance. Dans cette perspective, l’acquisition récente d’un laboratoire mobile d’analyse des minerais représente bien plus qu’un simple équipement technique. En renforçant la traçabilité des ressources et le contrôle des volumes extraits, l’État espère réduire les pertes fiscales, sécuriser les recettes publiques et améliorer la transparence du secteur.
Le gouvernement entend également s’attaquer à l’un des principaux défis du secteur aurifère : l’informalité. Le recensement des quelque 3 000 artisans identifiés dans la filière or met en évidence l’ampleur des activités échappant encore aux circuits officiels. La création de coopératives, la régularisation administrative des exploitants et la mise en place d’une véritable cartographie minière nationale pourraient permettre de récupérer une part significative des ressources aujourd’hui perdues pour l’économie nationale.
Autre élément stratégique : la découverte potentielle de réserves de gallium, métal critique utilisé dans les semi-conducteurs et les technologies avancées. Si les travaux d’exploration confirment l’importance des réserves identifiées, le Gabon pourrait se positionner sur un marché mondial en forte croissance, porté par la transition numérique et énergétique.
Au-delà des chiffres, l’enjeu est désormais de savoir si le pays parviendra à transformer cette ambition politique en résultats économiques concrets. Les prochaines années seront déterminantes. La construction d’infrastructures adaptées, l’attraction d’investisseurs industriels, le développement des compétences locales et la stabilité du cadre réglementaire constitueront les véritables indicateurs de réussite.
Une chose est certaine : le Gabon ne souhaite plus être uniquement un pays exportateur de minerais. Il ambitionne désormais de devenir une puissance de transformation minière capable de créer davantage de richesse sur son territoire. Si cette stratégie est menée à son terme, le secteur minier pourrait devenir l’un des principaux moteurs de la croissance économique nationale au cours de la prochaine décennie