Pénurie de carburant : Après les tensions d’approvisionnement, la CNT peut-elle devenir une partie de la réponse ?
2026-10-07 15:21:00
Les longues files d’attente devant les stations-service du Grand Libreville ces derniers jours auront rappelé une réalité simple : le carburant est au cœur du fonctionnement de l’économie et de la mobilité des ménages. Le ministère du Pétrole et du Gaz avait expliqué que ces tensions étaient liées à une diminution temporaire des stocks disponibles chez certains marketeurs, tandis que les acteurs de la filière se sont réunis lundi 5 octobre pour sécuriser les approvisionnements. A ce jour, la situation ne semble pas s’améliorer, au contraire.
Les longues files d’attente devant les stations-service du Grand Libreville ces derniers jours auront rappelé une réalité simple : le carburant est au cœur du fonctionnement de l’économie et de la mobilité des ménages. Le ministère du Pétrole et du Gaz avait expliqué que ces tensions étaient liées à une diminution temporaire des stocks disponibles chez certains marketeurs, tandis que les acteurs de la filière se sont réunis lundi 5 octobre pour sécuriser les approvisionnements. A ce jour, la situation ne semble pas s’améliorer, au contraire.
Mais derrière cette crise, une autre question mérite désormais d’être posée : que se passerait-il si la réduction de la subvention de l’État sur les produits pétroliers était effective dès demain ? La question n’est pas théorique. En effet dans le budget 2026, l’État a déjà inscrit une forte rationalisation du soutien aux prix des produits pétroliers : l’enveloppe budgétaire prévue est passée de 88 milliards de FCFA à 12,2 milliards, soit une baisse de 86 %. Le même document prévoit également la suppression de la subvention aux opérateurs de transport. Le premier impact pourrait être celui du transport : Pour les transporteurs privés, le carburant constitue une dépense incompressible. Une hausse significative du coût du gasoil ou de l’essence peut donc mécaniquement exercer une pression sur les coûts d’exploitation.
Dans ce contexte, une augmentation des tarifs du transport privé pourrait devenir difficile à éviter si aucune mesure d’accompagnement n’est mise en place. Et c’est précisément là que se situe l’enjeu social. Pour de nombreux ménages, particulièrement ceux qui dépendent quotidiennement des taxis, clandos et autres moyens de transport privés pour se rendre au travail, à l’école ou effectuer leurs activités commerciales, quelques centaines de francs supplémentaires par trajet peuvent rapidement représenter plusieurs milliers de francs sur un mois.
Une hausse non préparée pourrait donc rapidement se transformer en nouvelle pression sur le pouvoir d’achat. C’est dans ce contexte que le déploiement effectif de la Compagnie Nationale de Transport (CNT) prend une importance particulière. Issue de la fusion de la SOGATRA et de Trans’Urb, la CNT doit assurer le transport urbain et interurbain, avec notamment neuf lignes initiales annoncées dans le Grand Libreville, des points de vente de titres de transport et des points d’arrêt aménagés. Surtout, le dispositif prévoit déjà une politique tarifaire différenciée, avec des Pass Social, Élève, Étudiant, Urbain et Famille.
C’est précisément cette dimension sociale qui pourrait être déterminante. L’enjeu n’est pas simplement de mettre des bus sur la route. Il est de faire de la CNT un véritable amortisseur social de toute éventuelle évolution du coût du transport. Car le véritable risque n’est peut-être pas uniquement l’augmentation du prix du transport. C’est l’augmentation brutale, simultanée et non maîtrisée du coût des déplacements, dans un contexte où les ménages doivent déjà absorber de nombreuses dépenses.
Le gouvernement a engagé la réforme du secteur des transports et la CNT est désormais appelée à jouer un rôle central dans la mobilité nationale. La prochaine étape est donc celle de son opérationnalisation effective. Autrement dit : il ne faudrait pas attendre que les transporteurs privés augmentent leurs tarifs pour commencer à déployer la solution publique. Parce qu'une réforme économique peut être nécessaire pour les finances publiques, mais sa réussite se mesure aussi à sa capacité à protéger les ménages les plus fragiles pendant la période d'adaptation.
La CNT ne pourra peut-être pas résoudre à elle seule l’équation du carburant. Mais elle pourrait devenir l’un des instruments permettant d’en maîtriser les conséquences sur la mobilité des Gabonais. Et dans une période où chaque dépense compte, la politique des transports est aussi une politique de pouvoir d’achat.