Parlons de nos provinces : à Franceville, le poulet "made in USTM", fruit du savoir faire des étudiants, fait son entrée sur le marché
2026-06-04 09:36:00
Dans un contexte où la question de la souveraineté alimentaire est devenue un enjeu majeur pour le Gabon, une initiative discrète mais porteuse d'espoir est en train de prendre forme à Franceville, dans la province du Haut-Ogooué. À l'Université des Sciences et Techniques de Masuku (USTM), les étudiants de l'Institut des Sciences Agronomiques et Biologiques (INSAB) viennent de franchir une étape importante en mettant sur le marché leurs premiers poulets fermiers commercialisés sous le label "INSAB-USTM".
Au-delà de la simple vente de volailles, cette initiative traduit une nouvelle manière d'envisager la formation universitaire : apprendre en produisant, produire en apprenant.
Quand la théorie rencontre enfin le terrain
L'un des principaux défis de l'enseignement supérieur agricole en Afrique réside souvent dans le décalage entre les connaissances acquises en salle de cours et les réalités du terrain. De nombreux diplômés sortent des universités avec une solide base théorique mais peu d'expérience pratique. À l'USTM, les responsables de l'INSAB ont choisi d'inverser cette logique.
Les étudiants impliqués dans le projet participent à toutes les étapes de la chaîne de production avicole. Depuis l'installation des poussins jusqu'à la commercialisation du produit fini, en passant par l'alimentation, le suivi sanitaire, l'abattage et le conditionnement, ils sont confrontés aux réalités quotidiennes de l'exploitation agricole. Cette approche permet de former des profils polyvalents capables non seulement de produire, mais également de gérer une activité économique rentable.
En d'autres termes, l'objectif n'est plus seulement de former des techniciens agricoles, mais aussi de futurs entrepreneurs capables de créer leur propre activité et de contribuer au développement du secteur agricole national.
Une réponse concrète aux défis de l'importation alimentaire
Chaque année, le Gabon importe une part importante des produits alimentaires consommés sur son territoire. La volaille figure parmi les denrées les plus demandées par les ménages. Face à cette dépendance extérieure, l'expérience menée à l'USTM démontre qu'il existe des alternatives locales crédibles.
Les poulets commercialisés sous la marque "INSAB-USTM" sont proposés au prix de 5 000 francs CFA, un tarif aligné sur les prix du marché. Mais contrairement à certains produits importés ayant parcouru plusieurs milliers de kilomètres avant d'arriver dans les assiettes des consommateurs, ces volailles sont produites localement et mises sur le marché dans des délais très courts.
Cette proximité constitue un avantage important tant sur le plan de la fraîcheur du produit que sur celui de la réduction des coûts logistiques.
Un modèle économique intelligent pour l'université
L'intérêt de cette initiative ne se limite pas à la formation des étudiants. Dans un contexte où les établissements d'enseignement supérieur sont souvent confrontés à des contraintes budgétaires, les unités de production agricole peuvent également devenir des sources complémentaires de revenus.
En développant des activités économiques directement liées à leurs missions pédagogiques, les universités peuvent progressivement renforcer leur autonomie financière tout en offrant des opportunités d'apprentissage concrètes à leurs étudiants. Cette approche, largement répandue dans plusieurs pays à forte tradition agricole, commence ainsi à trouver sa place au Gabon.
L'élevage avicole n'est qu'un début.
Le modèle développé par l'INSAB pourrait être étendu à plusieurs autres secteurs stratégiques tels que le maraîchage, la pisciculture, la production d'œufs, l'élevage porcin ou encore la transformation des produits agricoles locaux. Chaque filière pourrait devenir un véritable laboratoire d'apprentissage où les étudiants seraient placés au cœur du processus productif.
Une telle démarche permettrait non seulement d'améliorer la qualité de la formation, mais également de renforcer les capacités nationales de production alimentaire.
Une initiative en phase avec les ambitions nationales
L'expérience menée à l'USTM s'inscrit pleinement dans les orientations nationales visant à renforcer l'autosuffisance alimentaire et à promouvoir la production locale. Depuis plusieurs années, les autorités gabonaises multiplient les appels en faveur du développement de l'agriculture et de l'élevage afin de réduire la dépendance du pays vis-à-vis des importations alimentaires.
À travers ce projet, les étudiants de l'INSAB démontrent que cette ambition peut commencer à se concrétiser à l'échelle locale, grâce à des initiatives innovantes associant formation, production et entrepreneuriat.
Selon des étudiants impliqués dans le projet, l'objectif à long terme serait d'augmenter progressivement les capacités de production afin de répondre à une demande plus importante et, à terme, approvisionner un marché dépassant le seul cadre universitaire.
Une petite révolution silencieuse
À première vue, quelques dizaines de poulets mis sur le marché peuvent sembler anecdotiques. Pourtant, derrière cette initiative se dessine une transformation plus profonde : celle d'une université qui ne se contente plus de transmettre des connaissances, mais qui devient un acteur direct du développement économique de son territoire.
À Franceville, cette expérience démontre que l'innovation ne passe pas toujours par de grands investissements ou des projets spectaculaires. Elle peut aussi naître d'une idée simple : permettre aux étudiants de produire ce qu'ils apprennent. Une démarche qui pourrait bien inspirer d'autres établissements du pays et contribuer, à son échelle, à bâtir le Gabon productif auquel aspirent de nombreux citoyens.