PARLONS DE NOS PROVINCES | OGOOUÉ-LOLO Lastoursville : à la découverte des grottes qui racontent le Gabon autrement.
2026-10-08 12:34:00
À Lastoursville, dans la province de l’Ogooué-Lolo, le patrimoine ne se découvre pas seulement en surface. Sous la forêt se cache un ensemble exceptionnel de cavités naturelles, témoins de plusieurs milliers d’années de présence humaine et d’une histoire géologique qui remonte à près de deux milliards d’années. Inscrites depuis 2022 sur la liste indicative du patrimoine mondial de l’UNESCO, les grottes de Lastoursville constituent un patrimoine à la fois naturel, archéologique et culturel encore largement méconnu.
À première vue, Lastoursville est une ville de l’intérieur du Gabon entourée par une forêt dense et traversée par l’Ogooué. Mais ses richesses les plus singulières se trouvent parfois sous terre. Dans la région, les recherches ont permis de recenser 43 cavités, réparties sur plusieurs zones, dont Lastoursville, Kessipougou, Likongo, Lihouma et Bembikani. Neuf d’entre elles présentent un intérêt particulier en raison de leurs dimensions, de leurs caractéristiques géologiques et des traces d’occupation humaine qu’elles renferment.
Ces grottes sont d’abord un phénomène géologique remarquable. Creusées dans des formations dolomitiques du bassin francvillien, elles se sont formées au fil de processus qui s’étendent sur des millions d’années. Certaines cavités présentent des galeries pouvant dépasser le kilomètre, des salles impressionnantes, des stalactites, des stalagmites, des cascades souterraines et d’autres formations façonnées par l’eau. Pour l’UNESCO, cet ensemble constitue un témoignage particulièrement important de l’évolution géologique de la région.
Mais ce qui donne aux grottes de Lastoursville une dimension particulière est leur relation avec l’homme. Les recherches archéologiques y ont révélé des traces d’occupation remontant à plusieurs milliers d’années, avec notamment des outils en pierre, des fragments de poterie, des traces de pigments et des représentations réalisées au charbon de bois. Certaines cavités auraient également servi de refuges, de lieux de sépulture ou de pratiques rituelles. La grotte de Youmbidi, par exemple, est associée à des traces d’occupation ancienne, tandis que d’autres sites conservent des témoignages artistiques et culturels de différentes périodes.
Cette dimension culturelle se prolonge dans les traditions locales. Selon le dossier présenté par le Gabon à l’UNESCO, certaines grottes ont conservé une fonction symbolique et rituelle pour des communautés locales. Elles sont ainsi bien plus que de simples curiosités géologiques : elles constituent des espaces auxquels sont attachés des récits, des pratiques et une mémoire collective. Cette combinaison entre nature, archéologie et culture explique pourquoi les Grottes de Lastoursville figurent depuis janvier 2022 sur la liste indicative du patrimoine mondial de l’UNESCO, dans la catégorie des biens mixtes.
Reste désormais à faire connaître davantage ce patrimoine et à réfléchir à la manière de le valoriser sans le fragiliser. L’accès difficile à certaines cavités a jusqu’ici contribué à leur préservation, mais constitue également un défi pour leur ouverture au tourisme. La région possède pourtant les ingrédients d’une destination originale : paysages forestiers, patrimoine souterrain, histoire ancienne et traditions locales. À Lastoursville, l’enjeu ne serait donc pas simplement d’attirer davantage de visiteurs, mais de faire de ces grottes un patrimoine vivant et valorisé, tout en protégeant les sites et en associant les communautés qui en sont les gardiennes. Une autre manière de raconter le Gabon, cette fois depuis ses profondeurs.