Parlons de nos provinces : à Oyem, le silence de l’ENDR plonge 300 admis dans l’incertitude
2026-04-09 10:41:00
Pour cette nouvelle édition de la rubrique « Parlons de nos provinces », BiBa 241 se penche sur une situation qui interroge profondément le fonctionnement de l’administration publique. À Oyem, dans la province du Woleu-Ntem, près de 300 jeunes admis à l’École Nationale de Développement Rural d’Oyem (ENDR) attendent toujours, quatre mois après leur admission, de savoir si, et quand, leur formation débutera. Une attente prolongée, silencieuse, qui met en lumière des dysfonctionnements bien plus profonds.
Un concours porteur d’espoir suivi d’un silence incompréhensible
Tout commence en août 2025, lorsque le ministère de l’Agriculture lance un concours national pour intégrer l’ENDR. 818 candidats se présentent. En octobre, les résultats tombent : 300 admis, soit bien au-delà des 240 places initialement prévues.
À ce moment-là, le signal est fort : celui d’un engagement en faveur de la formation agricole et du développement rural. Mais ce signal restera sans suite.
Depuis la publication des résultats, aucune communication officielle n’a été adressée aux admis. Ni date de rentrée, ni calendrier pédagogique, ni même confirmation du démarrage des cours. L’administration, après avoir sélectionné, semble s’être figée dans un silence total.
Une attente lourde de conséquences
Face à cette absence d’information, les admis ont dû prendre des décisions importantes, souvent à leurs dépens. Beaucoup ont renoncé à des opportunités professionnelles, suspendu des activités génératrices de revenus ou réorganisé leur vie dans l’attente d’un appel de l’école.
Dans une lettre adressée au ministre de l’Agriculture en février 2026, leur collectif résume la situation avec lucidité : l’incertitude est devenue leur quotidien.
Trois questions simples restent sans réponse :
- La rentrée aura-t-elle lieu cette année ?
- Si oui, à quelle date ?
- Sinon, est-elle reportée à l’année académique suivante ?
Quatre mois après les résultats, l’incapacité à répondre à ces interrogations élémentaires dépasse le simple retard administratif. Elle traduit une défaillance de coordination et de responsabilité.
Une organisation interne en décalage total
Le contraste est d’autant plus frappant qu’en interne, l’établissement semble se préparer. Une note signée par le directeur de l’ENDR, Guy Aymar Mourende, datée du 3 avril 2026, convoque le personnel administratif pour organiser la rentrée : affectation des chambres, règlement intérieur, logistique.
Mais les principaux concernés, les étudiants, n’ont, eux, reçu aucune information.
Cette situation révèle un paradoxe difficilement compréhensible : une administration qui prépare l’accueil sans prévenir ceux qu’elle doit accueillir. Une mécanique interne qui fonctionne, mais sans lien avec ses bénéficiaires.
Une crise de confiance aux conséquences durables
Au-delà du cas de l’ENDR, cette affaire soulève une question plus large : celle de la crédibilité de la parole publique.
Lorsque l’État organise un concours, publie des résultats et laisse ensuite les admis sans information, c’est la confiance des citoyens qui est fragilisée. Or, dans des secteurs stratégiques comme l’agriculture, cette confiance est essentielle pour mobiliser les jeunes talents.
Former les futurs acteurs du développement rural ne peut pas commencer par une gestion approximative de leur intégration.
Réconcilier ambition politique et rigueur administrative
Cette situation à Oyem met en lumière un décalage préoccupant entre les ambitions affichées — notamment en matière de formation professionnelle et de valorisation du capital humain — et leur mise en œuvre concrète.
Le problème n’est pas seulement technique. Il est organisationnel, mais aussi culturel : absence d’anticipation, déficit de communication, manque de redevabilité.
La solution, elle, est connue : planification rigoureuse, communication transparente et respect des engagements pris vis-à-vis des citoyens.
Car derrière ces 300 admis, il y a autant de trajectoires suspendues. Et dans une province comme le Woleu-Ntem, où les enjeux de développement rural sont cruciaux, chaque retard compte.