Prêter serment sur les entités et traditions en engageant sa vie: la proposition radicale du Chocolat des filles peut-elle mettre fin aux crimes rituels ?



2025-12-29 12:50:00

Depuis plusieurs semaines, une série d’enlèvements suivis d’assassinats relance au Gabon un débat ancien et douloureux, communément qualifié de « crimes rituels ». L’affaire dite Cameron a agi comme un catalyseur, provoquant une mobilisation inédite des populations et de la diaspora, et faisant émerger des prises de parole controversées sur la responsabilité des autorités et la nature profonde de ce phénomène.



La recrudescence récente d’enlèvements meurtriers à Libreville et dans plusieurs localités de l’intérieur du pays a ravivé une peur ancienne au sein de la population gabonaise. Ce phénomène, régulièrement observé depuis les années 1960, a été progressivement désigné par l’opinion comme des « crimes rituels », une appellation lourde de sens, mêlant imaginaire collectif, traumatismes historiques et déficit de réponses institutionnelles durables.

Cette année, l’affaire dite Cameron marque un tournant. Contrairement aux précédents épisodes, la population a refusé de rester silencieuse. Manifestations, prises de parole sur les réseaux sociaux, interpellations publiques et mobilisation de la diaspora ont exercé une pression directe sur les institutions. Cette dynamique a contraint plusieurs acteurs nationaux à se prononcer, rompant avec une forme d’omerta longtemps dénoncée.

Parmi ces voix, celle du Chocolat des filles, figure connue de la scène gabonaise et internationale, a particulièrement retenu l’attention. Défenseur assumé des traditions et valeurs africaines, il a rejeté l’idée selon laquelle les crimes seraient commandités par les traditionalistes ou les nganga. Selon lui, si tel avait été le cas, les responsables auraient été identifiés et interpellés depuis longtemps. La longévité du phénomène poserait donc, à ses yeux, une autre question : celle de l’impunité structurelle.

Cette prise de position s’inscrit dans une opinion nationale profondément divisée. D’un côté, certains pointent des dérives liées aux pratiques traditionnelles ; de l’autre, une frange croissante de la population estime que la répétition de ces crimes sur plusieurs décennies ne peut s’expliquer sans une protection au plus haut niveau. Cette lecture suggère que seuls des acteurs disposant d’un pouvoir étendu et durable pourraient échapper aussi longtemps aux poursuites, alimentant ainsi une défiance accrue envers les institutions.


C’est dans ce contexte que des propositions radicales émergent dans le débat public, comme celle d’un serment solennel des autorités sur les entités spirituelles et les traditions nationales, à l’image de celui prêté par le Président de la République en mai 2025. Si ces appels traduisent une détresse et une colère profondes, ils révèlent surtout une crise de confiance majeure. Pour de nombreux Gabonais, seule une réponse institutionnelle crédible, fondée sur la justice, la transparence et la protection effective des citoyens, permettra de rompre durablement avec ce cycle de peur et de soupçons.