Société Pénurie de Carburant : quand l’interdiction des bidons alimentaires fait naître un nouveau business autour des jerricans



2026-10-07 12:31:00

Depuis la circulaire du 6 octobre 2026 interdisant le remplissage des bidons alimentaires dans les stations-service, une pratique inattendue se développe dans certains points de vente du Grand Libreville. Pour pouvoir être servis, des usagers qui se présentent avec leurs propres contenants doivent désormais utiliser des jerricans PEHD homologués, conformément aux nouvelles exigences de sécurité. Mais, selon des témoignages d’usagers, certains pompistes proposeraient de louer ces jerricans pour environ 1 000 FCFA, le temps de faire sortir le carburant de la station, avant que celui-ci ne soit transvasé plus loin dans les mêmes bidons alimentaires pourtant interdits. Une situation qui fait émerger un véritable « business dans le business » de la pénurie.



Sur le papier, la mesure répond pourtant à un impératif de sécurité. L’administration entend éviter les risques d’incendie et d’intoxication liés à l’utilisation de contenants dont la résistance n’est pas garantie. Mais sur le terrain, le dispositif semble soulever une question simple : à quoi sert l’utilisation obligatoire d’un contenant homologué si le carburant est ensuite transféré dans un récipient interdit ? Pour les usagers, la location ponctuelle du jerrican devient alors davantage une formalité permettant de franchir le contrôle à la pompe qu’une véritable mesure de sécurisation du transport et du stockage du produit. Et pour certains pompistes, elle constitue une source de revenus supplémentaire dans un contexte où chaque litre de carburant est devenu particulièrement précieux.

La situation interroge donc sur l’efficacité réelle du dispositif et son contrôle après la sortie de la station-service. Si l’objectif est de protéger les populations, la réglementation doit pouvoir garantir que le carburant reste effectivement transporté dans des contenants adaptés, et pas seulement au moment de son passage à la pompe. La question mérite d’autant plus d’être posée que les populations subissent déjà les effets de la pénurie, entre files d’attente, rationnement et difficultés d’approvisionnement. Si le jerrican homologué devient simplement un « ticket d’accès » au carburant avant que celui-ci ne retourne dans les bidons interdits, la mesure ne risque-t-elle pas de créer une contrainte supplémentaire sans atteindre pleinement son objectif de sécurité ?