Tensions de trésorerie : Comment les Etats asphyxient la Commission de la CEMAC
2026-10-06 10:36:00
Le Comité inter-Etats de l’Union économique de l'Afrique centrale (UEAC), a achevé le 28 septembre 2026, l’examen du projet de budget de la Commission de la Cemac. Fixé à 90,24 milliards de FCFA, son adoption qui devait avoir lieu le 2 octobre 2026 a été reportée. Il était en hausse de 5,03% par rapport à 2026, se répartissant entre 61,35 milliards de ressources ordinaires et 28,89 milliards de ressources extraordinaires, ces dernières sont portées par une forte progression des dotations du Fonds de développement de la communauté (Fodec). La taxe communautaire d’intégration (TCI) est maintenue à son niveau de 2026, soit 50,204 milliards de FCFA.
Il faut souligner que la TCI représente plus de 82%
des ressources ordinaires et sa faible collecte continue de provoquer des
tensions de trésorerie « avec des arriérés de salaires dépassant parfois
trois mois dans plusieurs institutions communautaires ».
Suivant le vice-président de la Commission de la
CEMAC, Charles Assamba Ongodo, le cumul des arriérés de contributions des Etats
de la CEMAC s’élèvent à 263,5 milliards de FCFA à fin 2025. Dans le
détail, les recouvrements attendus par pays au 31 décembre 2025 se présentait comme
suit : Cameroun (59,98 milliards de FCFA), République Centrafricaine (61,8
milliards de FCFA), le Congo (52,2 milliards de FCFA), le Tchad (49,1 milliards
de FCFA), la Guinée Equatoriale (34,1 milliards de FCFA), le Gabon (6,1 milliards
de FCFA). « Seuls deux Etats à savoir le Gabon et le Cameroun ont
des contributions au-dessus du minimum égalitaire. Certains États affichent 0
FCFA de contribution en 2025 » précise la Commission de la CEMAC.
Selon Eric Mbende, Président du Comité Inter-Etats
de l’UEAC, sur un budget de 2026 estimé à 85,9 milliards de FCFA, le taux de
recouvrement de la TCI n'a atteint que 17,70 % à la mi-juin de l’année en
cours, laissant apparaître un déficit de plus de 40 milliards de FCFA à six
mois de la clôture de l'exercice.
C’est
dans ce contexte que le Président de la Commission de l’UEAC a évoqué trois
risques perceptibles notamment : une cessation de paiements jugée imminente,
une dégradation du climat social liée aux arriérés de salaires, et une perte de
crédibilité de la Communauté vis-à-vis de ses grands projets d'intégration,
dont la Zone de libre-échange continentale africaine et le Programmes de
développement des infrastructures en Afrique.
Au regard du faible niveau de recouvrement de la TCI, il est évident que
l’année 2027 s’annonce difficile pour la Commission de la CEMAC. Les tensions
de trésorerie observées actuellement vont s’empirer si les Etats ne s’acquittent
pas de la Taxe communautaire d’intégration.
Une initiative pour
financer le processus d’intégration
La
TCI en effet a été instituée en 2012 pour financer « le processus d’intégration
régionale ». Elle est censée être la principale source de financement du budget
de la Cemac. Il s’agit d’un prélèvement de 1% sur la valeur imposable des
importations de produits originaires des pays tiers. Chaque État membre est
chargé de collecter cette taxe à ses frontières et la reverser à la Commission.
Mais « les Trésors publics nationaux ne le font pas systématiquement d’où
l’accumulation d’arriérés ».
La question du difficile recouvrement de la TCI a
souvent été posée même au niveau de la Conférence des chefs d’État, organe
communautaire le plus élevé, sans pour autant être réglée. À l’issue d’un de ces
sommets, les chefs d’État ont décidé en fin 2017 d’effacer 90% des impayés
de la TCI, afin de repartir à zéro. Mais, jusque-là, les arriérés se sont de
nouveau accumulés. Et la Commission de la Cemac à bout de souffle .