Crédits carbone : le Gabon devient le premier pays d’Afrique à commercialiser des crédits forestiers éligibles CORSIA



2026-11-04 09:09:00

En devenant le premier pays africain à commercialiser des crédits carbone juridictionnels issus de la préservation de ses forêts et éligibles au mécanisme CORSIA, le Gabon ouvre un nouveau chapitre dans la valorisation de son capital naturel.



Avec environ 6 millions de tonnes de CO₂ concernées par les accords signés avec la société allemande SEFE, cette opération pourrait constituer un nouveau levier de diversification des recettes publiques et de financement du développement.


La forêt gabonaise pourrait désormais rapporter autrement que par l’exploitation de ses ressources ligneuses. Le 3 novembre 2026, à Londres, la République gabonaise, représentée par l’Agence gabonaise pour le développement de l’économie verte (AGADEV), a signé avec SEFE, société internationale d’énergie détenue par le gouvernement allemand, ses premiers accords de cession de crédits carbone souverains. Le volume concerné représente environ 6 millions de tonnes de CO₂ éligibles au mécanisme CORSIA.


Cette opération place le Gabon dans une position inédite sur le continent africain. Selon l’AGADEV, le pays devient le premier en Afrique à commercialiser des crédits carbone issus de la préservation de sa forêt et éligibles à ce mécanisme international. Au-delà de la reconnaissance environnementale, cette première transaction marque surtout une évolution dans la manière de considérer le patrimoine naturel national : la forêt devient également un actif économique susceptible de générer des revenus.


La principale question soulevée par cette opération concerne les recettes que l’État pourrait en tirer. Les accords portent sur environ 6 millions de tonnes de CO₂, mais le communiqué de l’AGADEV ne dévoile ni le prix de cession de la tonne ni la valeur financière globale de la transaction.


Pourtant, c’est précisément cette donnée qui permettra de mesurer la portée économique de l’opération. La valeur des crédits dépend notamment de leur qualité environnementale, de leur certification, de leur éligibilité aux marchés concernés et des conditions commerciales négociées entre les parties.


Les crédits commercialisés relèvent du standard ART-TREES et sont éligibles au mécanisme CORSIA, dispositif international de compensation des émissions de l’aviation civile. Cette éligibilité constitue un avantage stratégique, puisqu’elle permet au Gabon de positionner ses crédits sur un marché soumis à des exigences environnementales particulièrement strictes.


Autrement dit, le pays ne se contente pas de mettre en vente des unités de réduction d’émissions. Il cherche à valoriser une performance environnementale reconnue selon des standards internationaux, susceptible d’intéresser des acteurs économiques engagés dans leur démarche de décarbonation.


L’intérêt majeur de cette commercialisation réside dans la création d’une nouvelle source potentielle de revenus pour l’État. Dans une économie historiquement dépendante des ressources extractives, notamment le pétrole, le manganèse et le bois, la monétisation du capital naturel ouvre une voie supplémentaire de diversification.


Jusqu’ici, la conservation des forêts représentait principalement un engagement environnemental et climatique. Désormais, elle peut également produire une valeur financière directement commercialisable sur les marchés internationaux.


Cette évolution est importante : elle permet d’envisager une économie dans laquelle la préservation des ressources naturelles devient une activité créatrice de valeur, au même titre que leur exploitation traditionnelle, mais selon une logique différente.


À terme, la multiplication de transactions de cette nature pourrait contribuer à renforcer les recettes publiques, à attirer de nouveaux partenaires internationaux et à développer une véritable filière nationale de l’économie verte.


Il ne s’agit toutefois pas encore d’une contribution budgétaire chiffrable. Les revenus effectifs dépendront du prix négocié, des modalités de livraison et des conditions de commercialisation des crédits.


L’une des principales innovations de cet accord réside dans le mécanisme économique retenu. Le Gabon commercialise des unités de réduction d’émissions et non son patrimoine forestier.


La propriété et la gestion des forêts restent entièrement sous la responsabilité de l’État gabonais. Cette distinction est fondamentale pour la souveraineté nationale.


Les crédits reposent sur le statut HFLD du Gabon (High Forest, Low Deforestation), qui caractérise les pays disposant d’un important couvert forestier et affichant de faibles niveaux de déforestation. Ils rémunèrent ainsi les efforts de conservation réalisés sur le long terme.


La plus-value de cette opération est donc de donner une valeur marchande à un service environnemental : maintenir les forêts debout, préserver leur capacité de stockage du carbone et contribuer à la lutte mondiale contre le changement climatique.


Le recours au standard ART-TREES et l’éligibilité CORSIA renforcent également le positionnement du Gabon. Ils ouvrent des perspectives de commercialisation auprès d’acteurs internationaux recherchant des crédits répondant à des exigences de qualité et de vérification.


Pour le pays, cette première opération pourrait ainsi servir de référence pour de futures transactions et favoriser l’émergence d’un marché national structuré autour de la valorisation du capital naturel.


L’impact économique de cette initiative ne devra pas être apprécié uniquement à travers les recettes encaissées par l’État. La question de la redistribution constitue également un enjeu majeur.


Dans son communiqué, l’AGADEV précise que les revenus de l’État seront cantonnés jusqu’à l’entrée en vigueur du cadre réglementaire national, lequel doit notamment fixer les modalités de partage avec les communautés.


Cette disposition est stratégique. Les populations vivant à proximité des espaces forestiers jouent un rôle important dans leur préservation. Leur participation aux retombées financières pourrait contribuer à renforcer l’adhésion aux politiques de conservation et à créer de nouvelles opportunités économiques dans les territoires.


À terme, ces ressources pourraient soutenir des initiatives locales et des projets de développement communautaire, sous réserve des modalités qui seront définies par le cadre réglementaire.


Les premières livraisons des crédits sont annoncées au plus tard au premier trimestre 2027. Cette échéance constituera une étape déterminante pour apprécier les retombées concrètes de l’accord.


Pour le Gabon, l’enjeu dépasse donc les 6 millions de tonnes de CO₂ concernées. Il s’agit de démontrer qu’un pays peut tirer des revenus de la préservation de son patrimoine naturel tout en conservant pleinement sa souveraineté sur ses ressources.


Cette première commercialisation pourrait ouvrir la voie à de nouvelles transactions, renforcer l’attractivité du Gabon sur les marchés climatiques internationaux et favoriser le développement d’une économie verte créatrice de valeur.


La forêt gabonaise ne représente donc plus seulement un patrimoine à préserver. Elle devient aussi un levier potentiel de financement du développement, de diversification économique et de souveraineté financière.