Gabon : Crise sociale, caisses sous tension… et des millions de F.CFA engloutis dans une formation inopportune des régies financières



2026-02-03 15:16:00

Alors que le Gabon traverse l’une des crises sociales les plus graves de ces dernières années marquées par l’inflation, les tensions budgétaires, la dégradation des infrastructures et surtout la colère persistante des enseignants, une décision administrative récemment exécutée relance le débat sur les priorités de l’État. Il s’agit de la tenue effective d’une formation des agents des régies financières administrée en France par l’IAE SORBONE, pourtant suspendue, d’après Tendance Gabon, par l’ancien ministre de l’Économie et des Finances, Henri Claude Oyima, en raison de son coût jugé excessif et de son inadéquation avec la situation financière du pays.



Le Gabon fait aujourd’hui face à une accumulation de difficultés structurelles qui pèsent lourdement sur le quotidien des citoyens : flambée des prix, retards de paiement, infrastructures défaillantes, services publics sous pression. À cela s’ajoute une crise aiguë dans le secteur de l’éducation, où les enseignants dénoncent des arriérés persistants, des conditions de travail dégradées et un manque criant de considération. Dans ce contexte, chaque décision budgétaire est scrutée, chaque dépense publique devient un symbole.

Dans ce climat tendu, apprendre la réalisation effective d’un stage de formation dédié au « à l’IA et au management de la performance », au bénéfice du top management des régies financières (Trésor public, Impôts et douane) apparaît comme un scandale de trop.

Une formation dont le coût, au regard de l’institution qui forme peut-être évaluée à plusieurs millions de francs CFA par participant, n’était ni prioritaire ni pertinente, ni même juste au regard des urgences financières de l’État.

Pourtant plusieurs alternatives étaient possibles : faire venir les formateurs au Gabon afin de réduire significativement les coûts et permettre à un plus grand nombre d’agents d’en bénéficier, soit annuler purement et simplement cette formation jugée inopportune. Disons-le clairement, ce n’est pas cette formation qui va enrayer la corruption, apprendre l’orthodoxie, et payer les fournisseurs de l’état en toute transparence et en respectant les règles de la comptabilité publique. A ce stade, l’administration financière gabonaise gagnerait à se concentrer sur la rigueur budgétaire, la transparence, l’intégrité et surtout la régularité des paiements — des défis que ce type de formation, notamment axée sur des concepts managériaux ou technologiques, ne saurait résoudre à court terme.

En dépit du contexte actuel du pays, les régies financières ont choisi d’exécuter ce stage, engageant à nouveau des montants estimés à plusieurs centaines de millions de francs CFA pour une infime partie des agents publics. Une décision qui interroge profondément : comment comprendre que l’État se déclare dans l’incapacité de satisfaire les revendications légitimes d’un secteur aussi stratégique que l’éducation, tout en mobilisant des ressources considérables pour une formation dont l’impact immédiat sur les finances publiques reste très discutable ?

Au-delà du débat financier, cette affaire renvoie à une problématique plus large de gouvernance et de résistance aux intérêts établis. L’ancien ministre de l’économie l’avait d’ailleurs reconnu publiquement en quittant ses fonctions, affirmant qu’en tentant d’imposer la discipline budgétaire, il avait « bousculé les intérêts des uns et des autres ». Aujourd’hui, l’exécution de cette formation donne le sentiment d’un retour à des pratiques déconnectées des réalités sociales, au moment même où l’État est attendu sur des choix forts, équitables et responsables