Haut-Ogooué : Les deux visages d’une province au cœur de l’économie gabonaise



2026-11-05 15:20:00

Entre capitale provinciale et grand centre minier, le Haut-Ogooué occupe une place stratégique dans l'économie gabonaise. Si Moanda incarne la puissance industrielle du manganèse, Franceville concentre les fonctions administratives, commerciales, universitaires et sanitaires. Deux villes complémentaires, mais confrontées à un même défi : transformer la richesse économique du territoire en développement durable et en amélioration des conditions de vie des populations.



Un territoire porté par le manganèse

Situé dans le sud-est du Gabon, le Haut-Ogooué est l'un des territoires les plus stratégiques de l'économie nationale. Son dynamisme repose en grande partie sur l'exploitation du manganèse, dont Moanda constitue l'un des principaux centres de production. Depuis l'implantation de la Compagnie minière de l'Ogooué (Comilog) en 1960, la ville s'est progressivement imposée comme un pôle industriel majeur. La mine de Moanda dispose aujourd'hui d'une capacité de production annoncée de 8 millions de tonnes par an. En 2024, malgré un contexte de marché difficile, la compagnie a produit 6,8 millions de tonnes de minerai et réalisé un chiffre d'affaires consolidé de 718,1 milliards de FCFA. Des performances qui illustrent le poids de cette activité dans l'économie gabonaise, notamment en matière d'exportations, d'emplois, de recettes fiscales et de sous-traitance.

Moanda, au-delà de la ville minière

Mais derrière les performances industrielles, Moanda pose également la question de la redistribution des richesses et de l'amélioration du cadre de vie. Si l'activité minière a favorisé la création d'emplois, le développement d'infrastructures et l'émergence de nombreuses activités connexes, les attentes des populations restent importantes. L'accès aux services essentiels, l'emploi des jeunes, l'aménagement urbain et le développement des activités économiques indépendantes de la mine constituent autant de défis. Les réalisations sociales et industrielles annoncées par la Comilog, notamment les logements de la cité Mingoungou, les laveries d'Okouma et l'usine de pavés de Konda, témoignent des investissements engagés dans le territoire. Toutefois, l'enjeu demeure celui d'un développement qui profite durablement à l'ensemble des habitants, au-delà du périmètre directement lié à l'entreprise minière.

Franceville, le centre administratif et les perspectives de diversification

À quelques kilomètres de ce bassin industriel, Franceville présente un autre visage du Haut-Ogooué. Chef-lieu de la province, la ville concentre une grande partie des fonctions administratives, sanitaires, universitaires et commerciales du territoire. Elle accueille notamment l'Université des sciences et techniques de Masuku (USTM) et le Centre international de recherches médicales de Franceville (CIRMF), deux institutions qui participent au rayonnement scientifique et intellectuel du Gabon. La ville dispose également d'atouts naturels et touristiques, entre les chutes de Poubara, les plateaux Batéké et les paysages environnants. Mais son potentiel ne se limite pas aux services et au tourisme. L'agriculture, la transformation agroalimentaire, la filière bois et les activités commerciales représentent des pistes de diversification encore à consolider. Selon un document de la Banque mondiale, le Haut-Ogooué possède également des ressources agricoles et forestières qui pourraient contribuer davantage à son développement économique.

Deux villes, un même défi de développement

Franceville et Moanda racontent ainsi deux réalités complémentaires d'une même province : l'une portée par les fonctions administratives et les services, l'autre par la puissance de l'industrie minière. Pourtant, leur véritable complémentarité reste à construire. Le défi pour le Haut-Ogooué consiste désormais à faire de cette concentration de richesses un moteur de développement territorial plus équilibré. Cela suppose de renforcer les infrastructures de transport, d'améliorer l'accès à l'eau et à l'électricité, de soutenir les petites et moyennes entreprises, de développer la formation professionnelle et de favoriser l'émergence de nouvelles filières économiques. Car une province ne peut durablement mesurer sa prospérité à ses seules performances minières. Elle doit aussi être évaluée à sa capacité à créer des opportunités, à retenir ses jeunes, à développer ses autres localités et à améliorer les conditions de vie de ses habitants. Pour le Haut-Ogooué, l'enjeu n'est donc plus seulement de produire de la richesse, mais de mieux la transformer en développement pour l'ensemble de son territoire.