Marché du travail : l’ENEC 2024 révèle des avancées face à des déséquilibres persistants



2026-04-30 16:18:00

Présentés le 29 avril 2026 à Libreville, les résultats de l’ENEC 2024 dressent un diagnostic précis du marché du travail gabonais, entre amélioration des indicateurs globaux et fractures profondes touchant particulièrement les jeunes, les femmes et le secteur informel.



Le gouvernement gabonais dispose désormais d’un outil stratégique majeur pour orienter ses politiques publiques en matière d’emploi. Avec la publication des résultats de l’Enquête nationale sur l’emploi et le chômage (ENEC 2024), les autorités mettent en lumière une évolution contrastée du marché du travail, marquée à la fois par des progrès mesurables et des défis structurels persistants. Présentée officiellement à Libreville, cette enquête constitue une photographie détaillée des dynamiques économiques et sociales qui traversent le pays.

Premier enseignement notable, le taux de chômage national s’établit à 17,4 % en 2024, enregistrant une baisse significative par rapport aux 20,4 % observés en 2010. Cette amélioration, bien que réelle, doit être nuancée. Elle ne reflète pas uniformément la situation des différentes catégories de la population. En effet, les jeunes âgés de 15 à 24 ans restent particulièrement exposés, avec un taux de chômage alarmant de 34,5 %. Les femmes, quant à elles, sont également fortement impactées, affichant un taux de 21,4 %, soit un écart notable avec celui des hommes.

Au-delà des chiffres globaux, l’ENEC 2024 met en évidence la prédominance du secteur informel dans l’économie gabonaise. Avec 86,5 % des emplois non déclarés à la Caisse nationale de sécurité sociale, une grande majorité des travailleurs évolue en dehors de tout cadre de protection sociale. Cette situation fragilise non seulement les individus, mais limite également la capacité de l’État à structurer durablement son économie. Sur les 512 000 personnes en emploi recensées, seule une minorité bénéficie d’un contrat formel, ce qui traduit un déficit profond de formalisation.

L’enquête révèle également plusieurs paradoxes structurels. Si les diplômés accèdent plus facilement au secteur formel, leur taux d’emploi n’est pas nécessairement supérieur à celui des non-diplômés, en raison du poids dominant de l’informel. Par ailleurs, les migrants internes semblent mieux s’insérer professionnellement que les populations locales dans certaines zones, mettant en évidence l’importance de la mobilité et de l’adaptabilité dans l’accès à l’emploi. Sur le plan géographique, le contraste est tout aussi marqué : le chômage urbain atteint 19 %, contre seulement 5,8 % en milieu rural, où l’agriculture absorbe une grande partie de la main-d’œuvre.

Face à ces constats, le gouvernement entend faire de l’ENEC 2024 un levier de transformation. Plusieurs axes stratégiques ont été annoncés, notamment la réforme de la formation professionnelle pour mieux répondre aux besoins du marché, la formalisation progressive du secteur informel à travers des incitations fiscales et financières, ainsi que la mise en place de dispositifs spécifiques en faveur des jeunes et des femmes. La création d’un fonds de soutien à l’entrepreneuriat figure également parmi les priorités, avec pour objectif de stimuler la création d’emplois durables et inclusifs.