Parlons de nos provinces : L'hôpital Albert Schweitzer, un siècle demémoire médicale qui continue d’évoluer.



2026-09-24 14:07:00

À Lambaréné, le nom d’Albert Schweitzer reste profondément associé à l’histoire de la médecine au Gabon. Mais au-delà de la figure du médecin et Prix Nobel de la paix, c’est une véritable mémoire médicale qui s’est construite au fil de plus d’un siècle. De l’hôpital fondé en 1913 au développement de la recherche médicale contemporaine, Lambaréné demeure un territoire où histoire, soins et recherche se rencontrent.



En 1913, lorsqu’Albert Schweitzer arrive à Lambaréné avec son épouse Hélène, l’ambition est simple mais considérable : soigner les populations locales dans un contexte où l’accès aux soins modernes est encore très limité. Le premier établissement est installé à proximité de la mission protestante d’Andende. Les débuts sont rudimentaires : faute de bâtiments adaptés, une ancienne case sert notamment de lieu de consultation et un ancien poulailler est transformé en salle d’opération.  Cette première expérience marque le début d’une histoire hospitalière appelée à traverser le XXᵉ siècle.

D’un premier dispensaire à un véritable hôpital

La Première Guerre mondiale interrompt brutalement cette première aventure. Albert et Hélène Schweitzer quittent le Gabon et sont internés en France. À son retour à Lambaréné en 1924, Albert Schweitzer découvre que les premières installations se sont fortement dégradées. Il entreprend alors de reconstruire l’hôpital.

Mais les besoins de la population augmentent rapidement. À la suite notamment d'une famine et d'une épidémie de dysenterie au milieu des années 1920, les capacités existantes deviennent insuffisantes. Schweitzer décide alors d’installer un nouvel hôpital sur un terrain plus vaste. Le transfert vers ce nouvel établissement intervient au début de 1927.

Une mémoire qui ne se résume pas à un homme

La mémoire de Lambaréné est toutefois plus large que la seule figure d’Albert Schweitzer. Elle est faite de médecins, d’infirmiers, de personnels administratifs et techniques, de chercheurs, mais aussi de générations de patients et de familles qui ont fréquenté l’établissement. Elle est également liée à l’évolution de la médecine au Gabon et aux transformations de la ville de Lambaréné.

Albert Schweitzer dirige l'hôpital jusqu'à sa mort en 1965. Après sa disparition, l'œuvre hospitalière se poursuit sous de nouvelles directions. Un nouvel établissement est construit à la fin des années 1970 et inauguré en 1981, marquant une nouvelle étape dans l'histoire de l'hôpital.

De l’héritage hospitalier à la recherche médicale

L’année 1981 constitue à ce titre un tournant majeur. Avec le nouvel hôpital est créé un laboratoire de recherche consacré aux maladies qui touchent les populations locales. Cette initiative marque progressivement l’installation d’une véritable tradition de recherche médicale à Lambaréné.

Le laboratoire évolue ensuite en Unité de Recherche Médicale avant de devenir, en 2011, le Centre de Recherches Médicales de Lambaréné (CERMEL). Aujourd’hui indépendant sur le plan administratif, tout en conservant des liens étroits avec la Fondation internationale de l’Hôpital Albert Schweitzer, le CERMEL développe notamment des activités de recherche clinique, d’épidémiologie, d’immunologie et de biologie moléculaire.

Les travaux menés à Lambaréné portent notamment sur le paludisme, la tuberculose et plusieurs maladies infectieuses et tropicales. Le centre participe également à des essais cliniques, à des programmes de formation et à des collaborations avec des institutions scientifiques nationales et internationales.

Un patrimoine médical à préserver

Cette dimension historique a également été reconnue sur le plan patrimonial. L’Ancien Hôpital Albert Schweitzer de Lambaréné figure sur la Liste indicative du patrimoine mondial de l’UNESCO. L’organisation le présente comme l’unique bien culturel du Gabon parmi les biens actuellement inscrits sur cette liste indicative.

Cette reconnaissance souligne la valeur particulière du site : il ne s’agit pas uniquement d’un ancien ensemble hospitalier, mais d’un lieu associé à une étape importante de l’histoire de la médecine en Afrique centrale.

Lambaréné, entre histoire et avenir

Plus d’un siècle après l’arrivée d’Albert Schweitzer, Lambaréné continue donc d’occuper une place particulière dans l’histoire médicale du Gabon.

En 1913, l’enjeu était de créer un lieu de soins au cœur de l’Afrique équatoriale. Au fil des décennies, cet espace est devenu un hôpital, puis un lieu de transmission, de formation et de recherche. La création puis le développement du CERMEL ont notamment inscrit Lambaréné dans les réseaux contemporains de recherche sur les maladies tropicales et infectieuses.

La véritable mémoire médicale de Lambaréné est peut-être là : dans cette capacité à faire dialoguer le passé et le présent.

D’un côté, les anciennes installations rappellent les premières années de cette aventure médicale et l’histoire particulière de la médecine au Gabon. De l’autre, l’hôpital et les institutions de recherche qui lui sont liées témoignent d’une médecine qui continue d’évoluer.