« Parlons de vous » : Joël Maxime Madama Madoungou, le médiateur culturel qui fait vivre la mémoire du Gabon au Musée National
2026-07-24 09:08:00
Dans le cadre de sa rubrique « Parlons de vous », consacrée aux parcours inspirants des professionnels gabonais, BiBa 241 met cette semaine en lumière Joël Maxime Madama Madoungou, muséologue et médiateur culturel au Musée National Gabonais.
À travers son engagement quotidien, il œuvre à rapprocher les citoyens de leur histoire, de leurs traditions et de la richesse du patrimoine culturel national. Guidé par une devise simple mais fondamentale : « Seul le travail conduit au succès », ce professionnel de la culture revient sur son parcours, sa passion pour la transmission des savoirs et les défis liés à la préservation du patrimoine gabonais. Une vocation née de la passion pour la culture .
Le parcours de Joël Maxime Madama Madoungou est d’abord celui d’un passionné de culture et d’histoire. Après une formation universitaire en histoire et archéologie, il poursuit son parcours avec un master en anthropologie, spécialisation médiation culturelle, qui lui permet de se consacrer pleinement aux métiers du patrimoine. Son orientation vers la muséologie trouve son origine dans une fascination profonde pour les cultures et les traditions. « Mon orientation vers ce métier vient du fait que j’ai été passionné par la culture.
J’ai toujours été marqué par tout ce qui touche à la culture », explique-t-il.
Cette passion l’a naturellement conduit vers la médiation culturelle, un métier qui consiste à créer un lien entre les œuvres, les objets patrimoniaux et le public. Faire parler les objets pour transmettre l’histoire.
Pour Joël Maxime Madama Madoungou, la plus grande satisfaction de son métier réside dans la capacité à transmettre et à éveiller la curiosité des visiteurs.
« La fierté aujourd’hui, c’est lorsque nous arrivons à atteindre nos objectifs, à guider les visiteurs, à leur expliquer les jeux, les objets exposés. C’est de voir qu’au sortir des visites, les gens repartent remplis de connaissances culturelles », confie-t-il. Un rôle qui dépasse la simple présentation d’objets. Le médiateur culturel devient un véritable passeur de mémoire, chargé de raconter l’histoire des peuples et des communautés qui composent le Gabon.
La recherche et la rigueur scientifique au cœur du métier
Être médiateur culturel exige bien plus que de savoir parler devant un public. Pour Joël Maxime Madama Madoungou, ce métier repose avant tout sur la connaissance, la recherche et la précision. « Les compétences clés sont un esprit d’analyse, une recherche approfondie, la recherche de l’information exacte, mais aussi la passion de transmettre. Il faut beaucoup lire, il faut se documenter », affirme-t-il.
Selon lui, chaque objet exposé raconte une histoire particulière liée à une communauté, une ethnie ou une tradition. « La médiation, ce n’est pas seulement venir parler aux objets qui sont exposés. Il s’agit d’objets des peuples des différentes ethnies qui habitent au Gabon et qui forment le Gabon. Par conséquent, il faut avoir les informations sur chaque peuple, chaque ethnie. Il faut beaucoup chercher pour être un bon médiateur, car il ne faudrait pas donner des informations erronées aux visiteurs », précise-t-il. Respect, transmission et responsabilité culturelle .
Dans son travail quotidien, plusieurs valeurs guident son engagement : le respect du
patrimoine, la transmission du savoir, la rigueur scientifique, la responsabilité culturelle, ainsi que l’éthique et la déontologie.Pour lui, préserver le patrimoine culturel revêt une importance capitale. « Préserver et transmettre le patrimoine culturel, c’est protéger ce que nous héritons du passé pour le faire comprendre et vivre auprès des générations présentes et futures », résume-t-il. Une mission qui participe directement à la construction de l’identité collective. Les défis de la préservation du patrimoine gabonais . Comme de nombreux acteurs du secteur culturel, Joël Maxime Madama Madoungou reconnaît que la muséologie fait face à plusieurs défis. « Les principaux défis dans le domaine de la muséologie et de la préservation du
patrimoine sont multiples. La conservation des œuvres constitue un enjeu majeur, car celles-ci sont souvent fragiles face au temps, aux conditions climatiques ou encore aux manipulations répétées », explique-t-il.
Au-delà de la conservation matérielle, il insiste également sur la nécessité de renforcer la sensibilisation du public. « Beaucoup de citoyens ne mesurent pas encore l’importance du patrimoine culturel, ce qui freine son appropriation et sa protection collective », souligne-t-il. Susciter la passion chez les jeunes générations
Pour faire évoluer le secteur muséal, le médiateur culturel estime qu’une priorité doit être accordée à la sensibilisation des jeunes.
« Les choses à améliorer, c’est la passion. Il faut susciter l’intérêt chez les jeunes générations, les emmener à aimer et découvrir ce beau métier », affirme-t-il. Concernant les expositions qui l’ont marqué, il refuse d’établir une hiérarchie. « Toutes les expositions sont importantes. Il n’y a pas à dire qu’une est meilleure
qu’une autre, tant qu’il s’agit du patrimoine culturel matériel ou immatériel de notre pays que l’on met en exergue. Toutes les expositions sont importantes aux yeux du public », explique-t-il. La culture, fondement de l’identité d’un peuple .
À la jeunesse gabonaise intéressée par les métiers du patrimoine et de la culture, Joël Maxime Madama Madoungou adresse un message fort. « Ce qui nous reste lorsqu’on n’a pas la culture, c’est notre identité. On s’identifie par la culture. Un peuple sans culture, c’est un peuple qui ne vit pas, c’est un peuple
sans âme », affirme-t-il. Il appelle les jeunes à se réapproprier leur héritage culturel. « Il est temps de prendre conscience que ce sont d’abord et avant tout nos cultures qu’il faut valoriser. Nous adoptons souvent les cultures des autres au détriment de nos propres cultures. Il faut donner le meilleur de nous-mêmes pour préserver ce qui nous appartient », poursuit-il.
Pour une présence des musées dans toutes les provinces du Gabon . S’il devait porter un grand projet culturel, Joël Maxime Madama Madoungou souhaiterait voir émerger davantage d’espaces dédiés au patrimoine sur l’ensemble du territoire national.
« L’idée serait toujours de proposer à l’État de mettre en place d’autres domaines ou d’autres musées, peut-être dans d’autres provinces, pour que la culture gabonaise soit installée partout à travers les musées », explique-t-il. Pour l’heure, il affirme vouloir continuer à servir dans le cadre du service public et
poursuivre sa mission de valorisation du patrimoine national. À travers son engagement, Joël Maxime Madama Madoungou rappelle que lesmusées ne sont pas seulement des lieux où sont conservés des objets anciens. Ils sont des espaces vivants de transmission, de connaissance et de construction de
l’identité nationale. Son parcours incarne cette conviction : un peuple qui connaît son histoire est un peuple capable de mieux construire son avenir.