Afrique francophone : la croissance peut-elle survivre au piège de l’informel ?
2026-02-12 11:09:00
Malgré une croissance macroéconomique soutenue au cours des deux dernières décennies, l’Afrique francophone demeure confrontée à une réalité structurelle persistante : la domination du secteur informel. Une dynamique qui interroge la capacité du continent à transformer sa croissance en véritable développement productif.
Entre 2000 et 2025, l’Afrique francophone a
enregistré une progression économique remarquable, avec un produit intérieur
brut multiplié par six. Pourtant, derrière cette performance macroéconomique,
la structure de l’emploi reste largement dominée par l’informel. Selon
l’Organisation internationale du travail (OIT), près de 90 % de la main-d’œuvre
active en Afrique subsaharienne évolue encore dans ce secteur.
Si cette réalité traduit une capacité
d’adaptation et une ingéniosité sociale indéniables, elle révèle également les
limites d’une économie de survie. La recherche de revenus immédiats,
caractéristique de l’informel de subsistance, empêche toute accumulation
significative de capital. Or, sans investissement productif, il ne peut y avoir
ni modernisation, ni transformation industrielle durable.
Cette dynamique se reflète dans la faible
contribution du secteur manufacturier. Alors que la part du secteur
manufacturier dans le PIB mondial avoisine 16 %, elle demeure inférieure à 10 %
en Afrique subsaharienne. Une situation qui illustre l’écart persistant entre
croissance économique et densification du tissu productif local.
L’économie de subsistance pose également la
question de la création et de la rétention de valeur. Le continent continue
d’importer massivement des biens qu’il pourrait produire localement, notamment
dans le secteur agroalimentaire. Cette dépendance entretient une dispersion des
marges et limite l’émergence d’unités de transformation capables de structurer
de véritables chaînes de valeur.
Enfin, l’informalité engendre un coût financier
considérable. L’absence de comptabilité certifiée et de structuration juridique
exclut de nombreux entrepreneurs du système bancaire. Dans un contexte où le
déficit de financement des PME africaines dépasse plusieurs centaines de
milliards de dollars, la formalisation apparaît moins comme une contrainte
administrative que comme une condition d’accès au capital productif.