Banques africaines : Un modèle à repenser pour financer la croissance du continent
2026-10-19 10:07:00
Avec plus de 100 milliards de dollars de revenus générés en 2024 et une rentabilité des fonds propres de 19 %, les banques africaines affichent des performances solides. Pourtant, le financement des PME, de l’agriculture et des infrastructures reste insuffisant. Un paradoxe qui place la transformation du secteur financier au cœur des enjeux de croissance du continent.
La finance africaine dispose d’atouts considérables, mais peine encore à les convertir en financements suffisants pour soutenir l’économie réelle. En 2024, les banques du continent ont généré plus de 100 milliards de dollars de revenus, avec une rentabilité des fonds propres de 19 %, soit près du double de la moyenne mondiale. Malgré ces performances, les prêts ne représentent qu’environ 30 % de leurs actifs. Ce décalage souligne la nécessité de repenser le rôle des institutions financières dans le développement économique de l’Afrique.
Le constat est particulièrement important pour les petites et moyennes entreprises, l’agriculture et les infrastructures, qui demeurent largement sous-financées. Ces secteurs constituent pourtant des leviers essentiels de création de valeur, d’emplois et de transformation productive. La question n’est donc plus uniquement celle de la rentabilité des banques, mais de leur capacité à mobiliser leurs ressources pour accompagner les entreprises, soutenir les investissements et répondre aux besoins de financement des économies africaines.
Dans cette perspective, le développement de champions financiers de plus grande envergure apparaît comme un enjeu stratégique. Ces institutions devront être capables de financer des projets plus ambitieux et d’intervenir au-delà de leurs marchés nationaux. Toutefois, l’augmentation de la taille des bilans ne suffira pas à résoudre les difficultés d’accès au crédit. Il faudra également adapter les modèles de financement aux réalités des entrepreneurs africains, dont les besoins et les capacités d’accès aux services bancaires restent très diversifiés.
La mobilisation de l’épargne africaine vers des financements de long terme constitue ainsi l’un des principaux chantiers du secteur. La technologie, les partenariats et le partage des risques pourraient contribuer à élargir l’accès au financement, à condition de s’inscrire dans des cadres réglementaires favorisant l’innovation et les investissements transfrontaliers sans fragiliser les institutions. L’enjeu est de faire évoluer les modèles existants pour mieux orienter les ressources financières vers les activités productives et les projets structurants du continent.
Ces questions seront au cœur de l’Africa Financial Summit (AFIS), prévu les 3 et 4 novembre 2026 à Luanda, en Angola, autour du thème « Making Capital Count: Unlocking Growth Through African Finance ». À travers cette rencontre, les acteurs du secteur sont appelés à réfléchir aux moyens de transformer la solidité financière des banques en capacité accrue de financement de l’économie. Pour l’Afrique, le défi de la prochaine décennie sera donc moins de disposer d’institutions financières toujours plus grandes que de construire un système capable de financer durablement sa croissance.