Black-out à Owendo et Bikélé : la promesse d’un dédommagement soulève déjà des questions sur l’évaluation des pertes
2026-05-28 12:52:00
Quatre jours sans électricité. Quatre jours de perturbations, de pertes financières, d’activités paralysées et de quotidien bouleversé pour des milliers de foyers à Owendo, Bikélé et dans les PK. Après l’explosion survenue à la centrale thermique d’Owendo, le gouvernement gabonais a annoncé, le 26 mai 2026, plusieurs mesures d’urgence destinées à accompagner les populations affectées par ce black-out inédit.
Réunie
autour du Vice-président du gouvernement, Hermann Immongault, la cellule de
crise a notamment décidé d’appliquer des compensations sur les prochaines
factures des abonnés de la Société d’énergie et d’eau du Gabon. Une mesure
saluée par de nombreux usagers, même si elle suscite déjà plusieurs
interrogations sur son ampleur réelle et ses modalités d’application.
Car
au-delà des réductions annoncées sur les factures, le gouvernement évoque
également le déploiement d’équipes chargées d’évaluer les pertes subies par les
ménages et les commerçants. Une annonce importante, mais qui ouvre
immédiatement un débat : comment seront concrètement évalués les préjudices
subis durant ces quatre jours de coupure ?
Pour
les ménages, les pertes sont multiples : aliments avariés, appareils
électroménagers endommagés par les variations de tension, impossibilité de
conserver certains médicaments ou encore dépenses imprévues liées à l’achat d’eau
potable, de carburant ou de solutions alternatives d’éclairage. Du côté des
commerçants, les conséquences sont parfois encore plus lourdes. Boutiques
alimentaires, poissonneries, restaurants, salons de coiffure, cybercafés ou
petits ateliers ont vu leurs activités fortement impactées, avec des
marchandises perdues et des recettes en chute libre.
La
question centrale reste donc celle du procédé qui sera retenu pour mesurer ces
pertes. Les autorités exigeront-elles des justificatifs d’achat, des factures,
des photographies ou des déclarations sur l’honneur ? Les petits commerçants du
secteur informel, souvent dépourvus de documents comptables formels,
pourront-ils réellement bénéficier de ces indemnisations ? Et surtout, quels
critères permettront de déterminer le montant des compensations accordées ?
Autre
interrogation : les compensations seront-elles uniformes ou adaptées au niveau
de préjudice constaté ? Une famille ayant perdu quelques produits alimentaires
sera-t-elle traitée de la même manière qu’un commerçant ayant vu plusieurs
millions de francs CFA de marchandises se détériorer ?
Dans
plusieurs pays confrontés à des crises énergétiques similaires, les mécanismes
de dédommagement reposent généralement sur des commissions mixtes, associant
autorités administratives, opérateurs techniques et représentants des
consommateurs. Une telle approche pourrait-elle être envisagée au Gabon afin de
garantir davantage de transparence et d’équité dans le traitement des dossiers
?
Sur
le plan technique, les autorités assurent avoir mobilisé un pont aérien pour
acheminer du matériel de rechange afin d’accélérer les réparations. Le
gouvernement exige également de la SEEG une communication plus transparente sur
l’évolution des travaux, une demande qui traduit indirectement le
mécontentement grandissant des usagers face au manque d’informations observé durant
la crise.
Au-delà
de la gestion immédiate de cette panne majeure, cet épisode remet une nouvelle
fois sur la table la question de la résilience du réseau électrique national et
de la capacité des infrastructures énergétiques à répondre durablement aux besoins
croissants des populations.
Si
l’annonce des compensations constitue un signal fort envoyé aux populations
affectées, leur mise en œuvre concrète sera scrutée de près. Car pour de
nombreux habitants et opérateurs économiques, l’enjeu ne sera pas seulement
d’être dédommagés, mais de l’être de manière juste, transparente et crédible.