Gabon : Les tontines, entre solidarité populaire et vide juridique



2026-07-13 16:24:00

Dans les quartiers, les marchés, les entreprises et au sein des familles, les tontines continuent de jouer un rôle majeur dans la vie économique de nombreux Gabonais. Ce système d’épargne collective, fondé sur la confiance et l’entraide, permet à des milliers de personnes de financer des projets, de soutenir des activités commerciales ou de faire face à des dépenses imprévues. Mais derrière cette pratique largement ancrée dans les habitudes sociales se cache une réalité : l’absence d’un véritable cadre juridique pour encadrer son fonctionnement.



Le principe de la tontine reste simple : plusieurs personnes s’engagent à verser régulièrement une somme d’argent dans une caisse commune, redistribuée à tour de rôle aux membres du groupe. Pour beaucoup, ce mécanisme représente une alternative aux circuits financiers classiques, notamment pour ceux qui rencontrent des difficultés à accéder aux crédits bancaires. Au Fin goudron, Mireille, commerçante, témoigne : « Grâce à la tontine, j’ai pu acheter le matériel nécessaire pour lancer mon petit commerce. Sans cela, je n’aurais jamais obtenu un prêt bancaire ».

Cependant, contrairement aux banques et aux institutions de microfinance, les tontines traditionnelles ne disposent pas d’une réglementation spécifique au Gabon. Leur fonctionnement repose essentiellement sur la confiance entre les participants et sur le principe de la liberté contractuelle prévu par le droit civil. Les membres fixent eux-mêmes les règles : montant des cotisations, calendrier des versements, bénéficiaires successifs et éventuelles sanctions en cas de manquement. Une organisation qui peut rapidement devenir fragile lorsqu’un participant décide de ne pas respecter ses engagements.

Les conflits liés aux détournements de fonds ou aux engagements non tenus peuvent alors conduire à des procédures judiciaires. Selon les circonstances, les faits peuvent être qualifiés d’abus de confiance ou d’escroquerie, des infractions prévues par le Code pénal gabonais. Pour réduire les risques, certaines tontines adoptent désormais des pratiques plus formelles : règlement intérieur écrit, désignation d’un responsable financier ou encore tenue d’une comptabilité transparente. « Depuis que nous avons mis en place un règlement et une gestion claire, les conflits ont pratiquement disparu », explique Marylaine Nzoghe, membre d’une tontine depuis huit ans.

Face aux montants parfois importants qui circulent dans ces réseaux d’épargne populaire, la question d’un encadrement juridique revient régulièrement dans le débat public. Plusieurs observateurs estiment qu’une meilleure réglementation permettrait de protéger les cotisants, de responsabiliser les gestionnaires et de sécuriser une pratique qui demeure un véritable outil de financement pour les ménages gabonais.

Dans l’espace OHADA, où le Gabon est membre, la réflexion sur la régulation des structures financières informelles existe, mais aucune disposition spécifique n’encadre encore les tontines. Pour les juristes, la formalisation des engagements par des documents écrits reste donc l’une des meilleures protections en attendant une éventuelle reconnaissance légale.