Bourses ANBG : la rigueur budgétaire sacrifie-t-elle les talents dont le Gabon a besoin ?
2026-08-03 12:01:00
Vingt-cinq jeunes Gabonais viennent de décrocher une place dans les plus prestigieuses écoles d’ingénieurs françaises. Ils devraient être la fierté du pays. Ils risquent pourtant de se retrouver sans financement, au moment précis où ils intègrent le cycle qui doit faire d’eux des ingénieurs.
Cette situation n’est pas un
accident isolé. Elle s’inscrit dans une réforme globale du régime des bourses,
encadrée par un décret présidentiel de février 2024 et appliquée avec une
rigueur croissante depuis. Objectif affiché : réorienter les étudiants vers des
destinations moins coûteuses, comme le Maroc ou le Sénégal, et limiter le
recours aux pays occidentaux dont les frais universitaires pèsent lourd sur le
budget de l’État. Le président de la République a même annoncé qu’à partir de
2026, il n’y aurait plus de nouvelles bourses pour les États-Unis, le Canada ou
la France, une décision présentée comme un double effort de rationalisation
budgétaire et de lutte contre la fuite des cerveaux.
Sur le principe, l’objectif se
défend. Mais son application aux vingt-cinq élèves des classes préparatoires du
Lycée national Léon Mba illustre les angles morts d’une politique pensée en des
termes généraux. Admis en CPGE il y a deux ans, ils ont réussi les concours
d’accès aux Grandes écoles et sont déjà engagés dans un cycle ingénieur, comme
l’a rappelé Jean Yves Mouamba, président de l’association des parents de ces
étudiants, devant la rédaction de GabonReview. Il leur reste trois ans à
accomplir, dans des filières que l’État désigne lui-même comme stratégiques :
intelligence artificielle, cybersécurité, mines, industrie, énergie des
domaines qui collent en tous points au Programme national de croissance et de
développement 2026-2030.
C’est là que la logique
budgétaire se heurte à sa propre contradiction. Une réforme censée concentrer
l’argent public sur les filières prioritaires et lutter contre la fuite des
cerveaux finit par menacer le financement d’une promotion entière qui incarne
précisément ces deux objectifs : elle se forme dans des secteurs stratégiques,
et elle est censée revenir servir le pays. Les familles, elles, ont déjà avancé
des frais que l’ANBG ne prenait plus en charge, billets d’avion, visas, frais
de concours, pour permettre à leurs enfants de passer les épreuves orales en
France.
La question n’est donc pas de
contester l’effort de rigueur budgétaire, mais de s’interroger sur son
application à une situation que les parents jugent mal identifiée. Rationaliser
les dépenses publiques est une chose ; le faire au prix d’une promotion qui a
réussi à 100 %, dans des filières que le pays réclame à cor et à cri, en est
une autre. Vingt-cinq futurs ingénieurs, formés dans des domaines jugés
stratégiques par l’État lui-même, pourraient se retrouver livrés à eux-mêmes à
des milliers de kilomètres de chez eux, non par choix politique assumé, mais
parce qu’une réforme pensée pour économiser semble avoir mal anticipé qui elle
allait couper.