Crise à l’Eglise protestante du Gabon : l’État suspend le directoire et impose trois mois de transition
2026-08-16 10:43:00
Face à une succession contestée et aux risques de troubles à l’ordre public, le ministère de l’Intérieur suspend le directoire de l’Église évangélique du Gabon et confie les affaires courantes aux « Sages ».
Le bras de fer autour de la succession à la tête de l’Église évangélique du Gabon (EEG) franchit un nouveau cap. Dans une décision datée du 15 août, le ministère de l’Intérieur, de la Sécurité et de la Décentralisation a annoncé la suspension, « à titre conservatoire », du directoire de cette institution protestante historique, invoquant des « risques avérés de troubles à l’ordre public ». La mesure intervient alors que deux prétendants, les révérends Jean Daniel Allogo Essimengane et Moïse Ovono Menie, revendiquent chacun la présidence de l’EEG. Le ministère s’appuie notamment sur un rapport des services de sécurité publique et sur une procédure en annulation contestant la désignation de Jean Daniel Allogo Essimengane. Face aux risques de débordements, d’atteintes aux personnes et aux biens, les autorités ont donc interdit aux membres du directoire sortant d’exercer toute activité de direction ou de gestion.
Cette décision est l’aboutissement d’une crise institutionnelle qui s’est progressivement aggravée depuis juillet. Le synode national, initialement programmé à Baraka-Mission, avait été reporté sur fond de tensions liées à la succession du révérend Louis-Sylvain Allogo-Engo. Réuni de nouveau à Libreville au début du mois d’août, le synode n’est pas parvenu à dégager un consensus entre les deux principaux candidats. Le 10 août, Jean Daniel Allogo Essimengane a finalement été désigné président par le présidium du synode et installé le même jour. Mais, deux jours plus tard, Moïse Ovono Menie s’est également fait installer à la tête de l’Église, affirmant avoir bénéficié du soutien majoritaire du synode. L’EEG s’est alors retrouvée avec deux présidents revendiqués en l’espace de quarante-huit heures, une situation particulièrement préoccupante pour une institution qui compte plus de 20 000 fidèles et s’apprête à célébrer son 185e anniversaire.
Pour sortir de cette impasse, le gouvernement mise désormais sur une administration provisoire et collégiale confiée aux « Sages » de l’EEG. Ceux-ci auront pour mission d’assurer la gestion des affaires courantes et d’organiser, dans un délai maximal de trois mois, de nouvelles consultations devant permettre la constitution d’un bureau reconnu. Si l’intervention de l’État entend avant tout prévenir une escalade des tensions, elle intervient néanmoins dans une institution religieuse dont l’autonomie demeure au cœur des débats suscités par la crise. L’enjeu dépasse donc la seule question de succession : il s’agit désormais de restaurer la confiance, de préserver l’unité d’une communauté ancienne et d’éviter que ses divisions ne compromettent ses nombreuses œuvres sociales et éducatives. À l’image d’une organisation économique confrontée à une crise de gouvernance, l’EEG devra, dans les prochains mois, rétablir des règles communes et une direction légitime pour retrouver sa stabilité et préserver durablement son rôle dans la société gabonaise.