Gabon : Le pari du poulet local face au compte à rebours de 2027



2026-08-05 16:51:00

Dans moins de cinq mois, le Gabon devra apprendre à se passer du poulet importé. C’est l’échéance fixée par le Président Brice Clotaire Oligui Nguema depuis le 30 mai 2025 : à partir du 1er janvier 2027, l’importation de poulet de chair sera purement et simplement interdite sur le territoire national.



L’objectif affiché est ambitieux, réduire la dépendance alimentaire du pays, stimuler la production locale, créer de l’emploi en zone rurale et renforcer la souveraineté d’un secteur jusque-là largement tourné vers l’étranger. Mais les chiffres racontent une autre histoire. Le pays importe aujourd’hui près de 60 000 tonnes de poulet de chair chaque année.

Or, la production nationale visée n’est que de 5 000 tonnes annuelles, répartie entre la plaine d’Ayémé, avec 3 800 tonnes, et la province du Woleu-Ntem, avec 1 200 tonnes. Un objectif qui, une fois atteint, ne couvrirait qu’environ 8 % des besoins actuels du pays.

Pour combler ce vide, l’État a signé en mai 2026 plus de 775 milliards de FCFA de conventions avec cinq partenaires privés, dont le groupe turc Hakan Kiran Holding et une association agricole chinoise. Dans le cadre du Plan Opérationnel d’Urgence de la Filière Avicole, une commande historique de 3 millions de poussins d’un jour a été passée, avec une première livraison de 262 400 poussins attendue dès septembre 2026, répartis entre 150 exploitations avicoles.

Sur le terrain, les défis restent nombreux. L’accès à l’eau demeure un obstacle majeur, exigeant la réalisation de nombreux forages avant que les exploitations puissent réellement monter en puissance. Le recensement national des éleveurs et des producteurs de matières premières comme le maïs et le soja n’est, à ce jour, toujours pas achevé. De son côté, la SMAG, reprise par le groupe AVOS, s’est engagée à produire 3,2 millions de poussins par an et 35 000 tonnes d’aliment pour bétail, un engagement fort dont la concrétisation reste encore à démontrer.

Reste une question à laquelle personne, pour l’instant, n’apporte de réponse claire : que se passera-t-il si la production locale ne suit pas le rythme d’ici janvier 2027 ? Pénurie, flambée des prix ou report de la mesure, le compte à rebours est lancé, et le Gabon n’a plus beaucoup de temps pour transformer une ambition politique en réalité dans les assiettes.