Jeunesse gabonaise : le plus grand danger s’appelle l’ennui ?
2026-06-30 11:26:00
À Libreville comme dans de nombreuses villes du Gabon, une question simple révèle une réalité préoccupante : que fait un adolescent lorsqu'il n'a ni école, ni activité sportive, ni espace culturel, ni emploi ? Trop souvent, la réponse est la même : il attend. Derrière cette apparente inactivité se cache pourtant l'un des défis les plus sous-estimés des politiques publiques. Car lorsqu'une jeunesse n'a nulle part où construire son avenir, elle finit parfois par le chercher là où il se détruit.
Il suffit d'observer un samedi après-midi dans les quartiers populaires de Libreville pour mesurer l'ampleur du phénomène. À Nzeng-Ayong, Glass, Akébé, Owendo ou encore dans plusieurs quartiers de Port-Gentil et de Franceville, des centaines de jeunes occupent les rues, les carrefours ou les devantures de commerces, non par choix, mais faute d'alternative. Le Gabon compte une population jeune importante, mais les infrastructures destinées à son épanouissement restent largement insuffisantes. Les terrains de sport publics entretenus sont rares, les maisons de jeunes et de la culture insuffisamment nombreuses, les bibliothèques de proximité presque inexistantes et les ateliers artistiques ou culturels demeurent inaccessibles à une grande partie des familles. Ce vide social n'est pas anodin. Il crée un espace où l'ennui s'installe durablement et où les mauvaises influences trouvent un terrain particulièrement favorable. Conscient de cette réalité, le Président de la République, Brice Clotaire Oligui Nguema, avait d'ailleurs demandé, lors du Conseil des ministres de janvier 2025, l'élaboration d'une feuille de route ambitieuse en faveur de la jeunesse et des loisirs, reconnaissant ainsi le retard accumulé dans ce domaine.
En l'absence de lieux de rencontre et d'activités structurantes, les réseaux sociaux deviennent souvent le principal, voire l'unique espace de socialisation. Ils offrent certes des opportunités d'expression, d'apprentissage et de créativité, mais lorsqu'ils remplacent toutes les autres formes de loisirs, ils ne suffisent plus à répondre aux besoins fondamentaux d'appartenance, de reconnaissance et d'accomplissement des adolescents. Les épisodes qui ont marqué l'opinion publique, notamment la diffusion de vidéos de lycéennes adoptant des comportements inappropriés pour attirer l'attention, traduisent moins une crise morale qu'une quête de visibilité dans une société qui offre trop peu d'espaces d'expression positifs. Plus inquiétant encore, le développement du phénomène du « kobolo », mélange de médicaments détournés et de produits chimiques vendu à bas prix dans plusieurs villes du pays, illustre les conséquences d'une jeunesse livrée au désœuvrement. Les données disponibles montrent une progression préoccupante de la consommation de drogues et d'alcool chez les jeunes, le manque de perspectives et l'oisiveté figurant parmi les principaux facteurs identifiés.
Répondre à cette crise silencieuse ne consiste pas uniquement à renforcer les contrôles ou à multiplier les sanctions. La véritable prévention commence bien avant les dérives. Elle passe par une politique publique ambitieuse de l'encadrement de la jeunesse : construire des terrains de sport dans les quartiers populaires, réhabiliter les maisons de jeunes, soutenir les associations, développer les activités artistiques, ouvrir des bibliothèques de proximité et proposer des programmes parascolaires accessibles à tous. Mais ces investissements devront également s'accompagner d'une politique volontariste en faveur de l'insertion professionnelle, alors que le chômage des jeunes demeure l'un des principaux défis sociaux du pays. Car le meilleur moyen de protéger une génération n'est pas seulement de lui interdire certains chemins ; c'est surtout de lui en ouvrir d'autres. Une jeunesse ne devient pas vulnérable parce qu'elle est jeune. Elle le devient lorsqu'elle est privée d'espaces pour apprendre, créer, entreprendre, rêver et croire en son avenir. C'est précisément là que se joue aujourd'hui l'un des plus grands défis du Gabon.