Le Formol : ce poison invisible qui menace les marchés gabonais ?
2026-06-30 08:49:00
Alors que le Cameroun multiplie les opérations contre l'utilisation illégale du formol pour accélérer le mûrissement des fruits et prolonger artificiellement la conservation des produits alimentaires, la question se pose avec acuité au Gabon, principal importateur de produits frais en provenance de son voisin. Entre risques sanitaires, contrôles aux frontières et protection des consommateurs, cette pratique soulève un véritable enjeu de santé publique qui appelle une vigilance permanente des autorités.
Au Cameroun, l'utilisation frauduleuse du formol sur les bananes plantains, les fruits, les légumes, les viandes et les poissons est désormais reconnue par les autorités elles-mêmes. Régulièrement, les services du commerce, de l'agriculture et des douanes procèdent à des saisies de cargaisons et de produits chimiques destinés à cette pratique interdite. L'objectif des fraudeurs est simple : accélérer le mûrissement des fruits en quelques heures ou donner une apparence de fraîcheur à des aliments dont la conservation est compromise. Pourtant, le formaldéhyde, communément appelé formol, est classé cancérogène par l'Organisation mondiale de la santé (OMS). Son caractère invisible complique davantage la lutte contre cette fraude, puisqu'aucun consommateur ne peut détecter à l'œil nu la présence de cette substance sur les aliments.
Pour le Gabon, où une part importante des produits frais provient du Cameroun, cette réalité impose un niveau élevé de vigilance. Le pays n'ignore pas cette problématique. Dès 2019, des cargaisons de bananes mûries artificiellement avaient été saisies sur un marché de Libreville. Quelques années plus tard, l'Agence gabonaise de sécurité alimentaire (AGASA) annonçait le renforcement de ses contrôles grâce à des dispositifs de détection du formol aux postes frontaliers et sur les marchés. Toutefois, l'absence de données publiques régulières sur les résultats de ces opérations entretient les interrogations quant à l'efficacité et à la permanence du dispositif de surveillance.
Au-delà des opérations ponctuelles, la protection durable des consommateurs repose sur une politique de contrôle continue, transparente et coordonnée. Face à des pratiques frauduleuses qui évoluent sans cesse, les contrôles sanitaires doivent s'inscrire dans la durée afin de garantir la qualité des produits commercialisés sur le territoire national. La publication régulière des résultats des inspections, le renforcement des capacités des laboratoires, la coopération avec les autorités camerounaises et la sensibilisation des commerçants comme des consommateurs apparaissent aujourd'hui comme des leviers essentiels pour préserver la santé publique. Dans un contexte où la sécurité alimentaire constitue un enjeu stratégique, la vigilance ne peut être ponctuelle : elle doit devenir permanente afin de maintenir la confiance des populations dans les produits qu'elles consomment quotidiennement.