Objets d'Arts africains : Bordeaux restitue 33 œuvres tsogo au Gabon
2026-05-29 10:00:00
La ville de Bordeaux s’apprête à refuser officiellement un legs d’objets d’art africain afin de faciliter leur retour vers leurs pays d’origine. Au cœur de cette décision inédite en France figurent 33 pièces rares gabonaises issues du peuple tsogo, réclamées par Libreville depuis 2022.
La question de la restitution du patrimoine africain connaît une nouvelle avancée majeure en France. Le conseil municipal de Bordeaux doit officialiser, le 1er juin prochain, le refus du legs de 53 œuvres africaines provenant notamment du Gabon, du Nigeria et de la Côte d’Ivoire. Cette décision permettra aux États concernés d’engager directement les procédures nécessaires au rapatriement de ces biens culturels vers leurs territoires d’origine. Parmi les œuvres concernées, 33 pièces rares issues du peuple tsogo occupent une place centrale dans les discussions engagées entre les autorités culturelles gabonaises et le Musée d’Aquitaine. Cette initiative intervient dans un contexte international marqué par la montée des revendications africaines autour du retour des patrimoines culturels conservés en Europe depuis l’époque coloniale.
L’origine de cette affaire remonte au décès, en 2022, de Marie-Thérèse Petit, née Deleigne, sage-femme bordelaise ayant vécu plusieurs décennies en Afrique avec son époux Jacques Petit. Le couple avait constitué au fil des années une importante collection de biens culturels africains composée de 64 objets d’art ainsi que d’accessoires touaregs estimés à plus de 30 000 euros. Parmi ces objets figurent plusieurs œuvres gabonaises considérées comme particulièrement rares et peu représentées dans les collections publiques, aussi bien au Gabon qu’en Europe. Dès 2022, des échanges ont été engagés entre le musée bordelais et le Musée national des Arts, Rites et Traditions du Gabon afin d’examiner les possibilités de restitution. En septembre 2023, les autorités gabonaises ont officiellement exprimé leur souhait de voir ces pièces rejoindre les collections nationales à Libreville.
Pour la municipalité bordelaise, cette démarche s’inscrit dans une volonté de promouvoir une politique muséale « responsable, éthique et concertée », fondée sur la coopération culturelle internationale. Le maire de Bordeaux, Thomas Cazenave, devrait présenter cette délibération en présence d’une délégation officielle gabonaise au musée d’Aquitaine. Cette décision intervient quelques semaines après l’adoption en France d’une nouvelle loi encadrant la restitution des œuvres acquises pendant la période coloniale. Au-delà du cas gabonais, ce dossier symbolise l’évolution progressive des relations entre les institutions culturelles européennes et les pays africains, désormais déterminés à récupérer une partie de leur mémoire historique et artistique dispersée à travers les musées occidentaux.