Paludisme : Un moustique venu d’Asie inquiète désormais toute l’Afrique



2026-08-06 16:53:00

L’expansion d’Anopheles stephensi, une espèce invasive originaire d’Asie, pourrait modifier profondément la géographie du paludisme en Afrique. Sa capacité à prospérer dans les villes et sa résistance à plusieurs insecticides obligent les autorités sanitaires à repenser leurs stratégies de prévention.



Longtemps considéré comme une maladie touchant principalement les zones rurales, le paludisme pourrait connaître une nouvelle dynamique en Afrique avec la progression d’Anopheles stephensi, un moustique originaire d’Asie désormais installé sur plusieurs parties du continent. Une étude génomique publiée dans la revue Science montre que cette espèce serait apparue à Djibouti il y a une quinzaine d’années avant de se disperser progressivement vers l’Éthiopie, l’Afrique de l’Ouest et l’Afrique australe.

Cette progression s’accompagne d’une hausse préoccupante des cas de paludisme dans certains pays. À Djibouti, où la maladie était presque sous contrôle, le nombre de cas est passé d’environ 1 700 en 2013 à près de 70 000 en 2020. Pour les chercheurs, cette évolution constitue un signal d’alerte qui pourrait annoncer une transformation durable de la lutte contre cette maladie.


Ce moustique présente des caractéristiques qui le distinguent des principaux vecteurs déjà présents en Afrique. Alors que de nombreuses espèces d’Anopheles se développent surtout dans les zones rurales, Anopheles stephensi s’adapte remarquablement aux environnements urbains. Il pond ses œufs dans des réservoirs d’eau domestiques, des citernes, des bidons, des pneus usagés ou tout autre contenant capable de retenir de l’eau de pluie.

Cette capacité lui permet de proliférer au cœur des grandes agglomérations, où la densité de population augmente considérablement le risque de transmission. À cette adaptation s’ajoute une résistance accrue à plusieurs insecticides couramment utilisés dans les campagnes de démoustication, ce qui réduit l’efficacité de certains outils de lutte traditionnels et oblige les programmes de santé publique à développer de nouvelles approches de surveillance et de contrôle.


Pour les pays africains, l’enjeu dépasse désormais la seule question sanitaire. Une recrudescence du paludisme dans les centres urbains pourrait avoir des conséquences importantes sur les systèmes de santé, l’économie et la productivité. L’augmentation des hospitalisations, des dépenses médicales et de l’absentéisme scolaire ou professionnel pèserait sur les finances publiques et sur les ménages. C’est pourquoi les chercheurs renforcent aujourd’hui la surveillance génomique de cette espèce afin de suivre sa progression et d’anticiper son implantation dans de nouveaux territoires.

Leur objectif est de fournir aux autorités des données permettant d’adapter rapidement les stratégies de prévention, de protéger les populations les plus exposées et de préserver les progrès accomplis depuis plusieurs décennies dans la lutte contre le paludisme. Face à cette menace émergente, la rapidité de la réponse scientifique et des politiques publiques pourrait faire la différence entre une propagation contenue et un retour durable de la maladie dans les grandes villes africaines.