« Parlons de vous » : Michelle Mboulou, « La Punu au sang royal » qui redonne aux Gabonais le goût de leurs langues et de leur identité



2026-07-03 08:30:00

Dans un monde où la mondialisation tend parfois à uniformiser les cultures, certains choisissent de faire de leur identité un véritable combat. C'est le cas de Michelle Mboulou, infirmière de profession, actrice culturelle et promotrice infatigable des langues locales du Gabon. À travers son initiative « La Punu au sang royal » et son association La Langue Notre Histoire, cette jeune entrepreneure culturelle s'est donné une mission : réconcilier les Gabonais avec leurs langues maternelles et leur patrimoine culturel.



Dans le cadre de sa rubrique « Parlons de vous », consacrée aux parcours inspirants des entrepreneurs et professionnels gabonais, BiBa 241 est allé à la rencontre de cette femme qui fait de la préservation des langues nationales un véritable projet de société.

Originaire de Tchibanga, mais née le 24 novembre 1994 à Ndjolé, Michelle Mboulou mène une double vie. Infirmière de profession, elle est devenue en quelques mois une référence dans la promotion de la langue ipunu, convaincue que la langue constitue bien plus qu'un simple moyen de communication.

« Savoir parler sa langue, c'est garder son identité et valoriser ses origines », affirme-t-elle. Cette conviction est née d'un constat simple : de plus en plus de jeunes Gabonais grandissent sans maîtriser la langue de leurs parents, au risque de perdre une partie de leur histoire.

C'est ainsi qu'en mai 2024 naît La Punu au sang royal. D'abord à travers des contenus pédagogiques diffusés sur les réseaux sociaux, le projet prend rapidement de l'ampleur avec la rédaction d'ouvrages en langue ipunu, l'organisation de cours dans plusieurs établissements privés, l'accompagnement de familles désireuses de transmettre leur langue aux enfants, mais également des formations destinées aux Gabonais vivant à l'étranger.

« Au départ, la difficulté était de faire réaliser aux Gabonais l'importance de parler leur langue. C'était un très grand challenge. Puis, avec la vision portée aujourd'hui par l'État gabonais en faveur de la valorisation des langues nationales, les mentalités ont rapidement évolué. Cela a facilité le développement de mes activités », explique-t-elle.

Loin de s'arrêter à la simple transmission linguistique, Michelle Mboulou entend replacer la culture au cœur de l'éducation.

Les étapes de son parcours témoignent de cette ambition. Après la création de sa plateforme, elle se lance dans l'écriture d'ouvrages en ipunu, adapte des méthodes d'apprentissage spécialement conçues pour les plus jeunes dans les écoles, avant de franchir une nouvelle étape avec la création de l'association La Langue Notre Histoire, dont l'objectif est de promouvoir l'apprentissage des langues gabonaises, transmettre les valeurs culturelles et favoriser la réappropriation de l'identité nationale.

Sans chercher à s'attribuer un mérite exclusif, elle estime néanmoins avoir contribué à remettre les langues nationales au centre des débats. « À cette époque, j'ai choisi de mettre la langue au premier plan. Bien sûr, il existe des pionniers qui ont fait un travail remarquable avant moi. Aujourd'hui, j'ai la chance de collaborer avec eux afin de poursuivre ensemble cette mission. »

Comme tout entrepreneur, Michelle Mboulou fait face à des défis quotidiens. Le plus important reste le financement.

« Tout ce que je fais aujourd'hui est financé sur mes propres ressources. Entre les activités culturelles, l'impression des livres, la location des salles où nous dispensons les cours de langue et toutes les autres dépenses, je me bats comme je peux. »

Pour autant, ces difficultés ne remettent jamais en cause sa détermination.

« J'ai un objectif précis à atteindre. Les défis ne sont que des étapes qui me rapprochent de ma vision finale. La plus grande leçon que j'ai apprise est de ne jamais reculer, peu importe l'obstacle. Je reste concentrée sur ma vision parce que je suis convaincue qu'elle permettra de sauver des milliers de personnes de la perte de leur identité culturelle. »

Son ambition dépasse largement le cadre actuel de ses activités.

Dans cinq à dix ans, Michelle Mboulou imagine la création d'une véritable académie des langues gabonaises. « Mon rêve est de créer une académie où enfants et adultes viendront apprendre leur identité, leur histoire et leur culture. Parce qu'apprendre sa langue, c'est préserver son identité. »

Une vision qui traduit sa volonté de faire des langues nationales un véritable levier de développement culturel et de cohésion sociale. Lorsqu'on lui demande quel adjectif la définit le mieux, la réponse est immédiate : « Charismatique. »

À la jeunesse gabonaise, son message est aussi simple que puissant.

« Peu importe ce que vous apprenez, n'oubliez jamais vos racines, votre histoire et votre identité. Elles constituent votre plus grande richesse. »

Et à ceux qui souhaitent se lancer dans l'entrepreneuriat, elle livre un conseil forgé par son expérience.

« Ayez une vision claire, précise, écrite. Soyez disciplinés et constants. C'est cette discipline qui vous permettra de réussir, même lorsque tout semble difficile. »

À travers son engagement, Michelle Mboulou démontre que l'entrepreneuriat ne se limite pas à la création de richesse économique. Il peut également être un puissant outil de sauvegarde du patrimoine immatériel d'une nation. En redonnant toute sa place à la langue ipunu et, au-delà, aux langues gabonaises, « La Punu au sang royal » participe à l'émergence d'une génération consciente que le développement ne peut être durable sans la préservation de son identité culturelle.