Présidentielle 2016 : "au moins 100 personnes tuées au QG de Ping sous ordre d’Ali Bongo"
2026-03-12 11:42:00
Près de dix ans après les violences postélectorales qui ont marqué la présidentielle gabonaise de 2016, une nouvelle déclaration relance le débat sur le bilan humain de cette nuit restée l’une des plus controversées de l’histoire politique récente du pays.
Invité de l’émission Tête-à-tête sur France 24, l’ancien député gabonais Bertrand Zibi Abeghe a affirmé que l’attaque du quartier général de l’opposition à Libreville aurait fait « au minimum 100 morts », un chiffre largement supérieur aux bilans officiels avancés à l’époque.
Aujourd’hui conseiller stratégique de l’Union démocratique des bâtisseurs (UDB), formation fondée par le président Brice Clotaire Oligui Nguema, l’ancien opposant a livré un témoignage particulièrement dur sur les événements survenus dans la nuit du 31 août 2016, au lendemain de l’annonce des résultats contestés de l’élection présidentielle.
Selon lui, l’assaut contre le quartier général de l’opposition à Libreville, alors dirigé par Jean Ping, aurait été bien plus meurtrier que ce qui avait été officiellement reconnu. « J’ai vu des dizaines et des dizaines de morts », a-t-il déclaré, estimant que le bilan réel pourrait atteindre au moins une centaine de victimes.
À l’époque, les autorités dirigées par Ali Bongo Ondimba avaient reconnu des violences mais sans jamais confirmer un bilan aussi élevé. Les affrontements qui avaient suivi l’annonce des résultats avaient plongé Libreville dans plusieurs jours de tension, marqués par des manifestations, des incendies de bâtiments publics et une forte répression sécuritaire.
Pour Bertrand Zibi Abeghe, la vérité sur ces événements reste encore largement enfouie. Il affirme que plusieurs enquêtes et documents pourraient permettre d’éclairer l’ampleur réelle des violences. L’ancien député évoque notamment des éléments recueillis par le magazine Marianne ainsi que des documents conservés au Quai d’Orsay relatifs aux événements de 2016.
Au cours de cet entretien, l’ancien opposant est également revenu sur sa propre détention. Arrêté après la crise postélectorale, il affirme avoir subi de graves sévices durant ses six années d’incarcération, entre 2016 et 2022. Il décrit notamment des conditions de détention extrêmement dures et affirme avoir été victime de tortures qui l’auraient plongé à plusieurs reprises dans le coma.
Ces déclarations interviennent dans un contexte de tensions politiques ravivées par les accusations formulées par l’ancienne Première dame Sylvia Bongo Ondimba, qui a récemment dénoncé des actes de séquestration et de mauvais traitements à l’encontre d’elle-même et de son fils, Noureddine Bongo Valentin.
Bertrand Zibi Abeghe rejette fermement ces accusations, qu’il qualifie de « comédie ». Selon lui, les responsabilités dans les violences passées doivent être examinées avec lucidité, notamment celles liées à la gestion du pouvoir durant la maladie de l’ancien chef de l’État.
Pour l’ex-député, l’établissement de la vérité sur les événements du 31 août 2016 demeure une étape incontournable pour la mémoire nationale. « La vérité finira par sortir », assure-t-il, estimant que la reconnaissance des faits et des victimes constitue une condition essentielle pour tourner définitivement la page de cette période sombre de la vie politique gabonaise.