Révision constitutionnelle : le Sénégal replonge dans les tensions au sommet de l'État



2026-06-30 13:46:00

Adoptée par une large majorité à l'Assemblée nationale, la proposition de révision constitutionnelle portée par le Pastef ouvre un nouveau chapitre dans la crise politique qui oppose le président Bassirou Diomaye Faye à son ancien allié, Ousmane Sonko. Une réforme qui divise la classe politique et pourrait bientôt être soumise à référendum.



Le Sénégal connaît une nouvelle séquence politique sous haute tension. L'Assemblée nationale a adopté, à une très large majorité, le projet de révision constitutionnelle porté par le parti Pastef. Le texte a recueilli 129 voix favorables sur les 165 députés que compte le Parlement. Avant le scrutin, les débats ont été marqués par une vive contestation de l'opposition, illustrée par l'évacuation du député Abdou Mbow, qui appelait au boycott de la réforme.

Cette réforme intervient dans un contexte particulier, marqué par la rupture entre le président Bassirou Diomaye Faye et son ancien Premier ministre, Ousmane Sonko. Longtemps alliés dans la conquête du pouvoir, les deux hommes affichent désormais des divergences profondes sur la conduite des institutions. L'élection de Sonko à la présidence de l'Assemblée nationale, après son départ du gouvernement, a renforcé cette recomposition politique au sommet de l'État.

Le texte prévoit plusieurs modifications majeures du fonctionnement des institutions sénégalaises. Parmi les principales dispositions figure l'interdiction faite au président de la République de diriger un parti politique ou une coalition. Le projet introduit également un partage plus important des responsabilités entre le chef de l'État et le Premier ministre dans la définition du programme gouvernemental, tout en élargissant les pouvoirs de nomination du chef du gouvernement.

La réforme entend également renforcer les prérogatives du Parlement. Les députés pourraient disposer de pouvoirs d'enquête élargis, avec la possibilité d'auditionner un plus grand nombre de personnalités, y compris des magistrats dans certains cas. L'Assemblée nationale serait également systématiquement informée des conventions d'investissement liées à l'exploitation des ressources naturelles, renforçant ainsi son rôle de contrôle des finances publiques.

Si les promoteurs de la réforme présentent ces changements comme un rééquilibrage des pouvoirs, l'opposition et plusieurs organisations de la société civile dénoncent une initiative menée sans véritable concertation nationale. En cas de validation définitive du texte, le président Bassirou Diomaye Faye a annoncé qu'il convoquera un référendum. Ce scrutin pourrait devenir un nouveau test politique majeur pour un pouvoir confronté à des tensions internes de plus en plus visibles.