Transport aérien : seuls 22 % des nouvelles taxes reviendraient aux organismes gabonais
2026-08-03 15:03:00
L'élargissement de plusieurs taxes et redevances sur le transport aérien relance le débat sur la destination des recettes générées. Si ces nouvelles mesures doivent renforcer le financement du secteur, leur répartition soulève des interrogations : selon les estimations disponibles, près de 77 % des montants collectés seraient reversés à des entreprises étrangères, contre seulement 22 % à des organismes publics gabonais.
L'entrée en vigueur de nouvelles taxes et
redevances dans le secteur aérien marque un tournant pour le transport aérien
au Gabon. Extension de la redevance R4 à l'ensemble des aéroports du pays,
rétablissement de la TVA de 18 % sur les vols domestiques, augmentation des
redevances de sûreté et création d'une nouvelle redevance « Sécuriport » : ces
mesures alourdissent le coût du transport pour les passagers et les compagnies
aériennes. Officiellement, elles visent à renforcer le financement des infrastructures
et de la sécurité aéroportuaire.
Cependant, la destination des recettes issues
de ces nouveaux prélèvements suscite de nombreuses interrogations. Selon des
projections financières, les nouvelles taxes permettraient de générer environ
80,2 milliards de francs CFA par an. Sur ce montant, près de 62,5 milliards de
francs CFA, soit 77 % des recettes, seraient destinés à quatre entreprises
étrangères, tandis que seulement 17,5 milliards de francs CFA reviendraient à
deux organismes publics gabonais chargés de la régulation et de la sécurité du secteur.
Dans le détail, la GSEZ concentrerait la plus
importante part avec 37,7 milliards de francs CFA, représentant près de 47 %
des recettes totales. Elle serait suivie par Securiport avec 16,4 milliards de
francs CFA, puis Westminster avec 7,3 milliards de francs CFA et l'ASSAC avec
1,1 milliard de francs CFA. Côté gabonais, l'Office National de Sûreté et de
Facilitation des Aéroports du Gabon (ONSFAG) percevrait 9,5 milliards de francs
CFA, tandis que l'Agence Nationale de l'Aviation Civile (ANAC) bénéficierait de
8 milliards de francs CFA.
Cette répartition alimente un débat sur la
gouvernance économique du secteur aérien. Pour plusieurs observateurs, la
question dépasse le simple niveau des prélèvements. Elle porte sur la capacité
du pays à faire en sorte que les ressources générées par les usagers, les
compagnies aériennes et les opérateurs installés sur le territoire contribuent
prioritairement au développement des infrastructures nationales, à
l'amélioration des services et au renforcement de la compétitivité du transport
aérien gabonais.
Dans un contexte où le coût des déplacements
aériens ne cesse d'augmenter, la transparence sur l'utilisation des recettes
apparaît comme un enjeu majeur. Si les nouvelles taxes sont présentées comme un
levier de modernisation du secteur, leur acceptabilité dépendra également de la
capacité des autorités à démontrer qu'elles produisent des bénéfices tangibles
pour les usagers, les infrastructures nationales et l'économie gabonaise. Plus
largement, cette situation relance le débat sur l'équilibre entre l'expertise
d'opérateurs internationaux et la nécessité de maximiser les retombées
économiques locales dans un secteur stratégique pour la connectivité du pays.