Transport public : la fin de la gratuité, une décision impopulaire mais nécessaire ?



2026-06-15 17:37:00

Parmi les annonces fortes du discours à la Nation du Président de la République, Brice Clotaire Oligui Nguema, la fin progressive de la gratuité du transport public risque de susciter de nombreuses réactions. Pour beaucoup de Gabonais, cette mesure pourrait être perçue comme une perte d’un acquis social mis en place durant la période de transition. Pourtant, derrière cette décision se cache une question fondamentale : un service public peut-il durablement fonctionner sans ressources propres ?



Depuis son lancement, la gratuité du transport urbain a permis à des milliers de citoyens de se déplacer à moindre coût, soulageant ainsi le budget de nombreuses familles. Elle a également constitué une réponse sociale forte dans un contexte économique marqué par la hausse du coût de la vie.

Mais cette politique a également un coût. Carburant, entretien des véhicules, pièces de rechange, assurances, salaires du personnel, renouvellement de la flotte : chaque bus qui circule représente une charge financière importante pour l’État. Or, un système entièrement gratuit repose exclusivement sur les finances publiques, déjà fortement sollicitées par les besoins en santé, en éducation, en infrastructures ou encore en sécurité.

La question qui se pose est donc simple : vaut-il mieux maintenir une gratuité difficile à financer ou instaurer une contribution modérée permettant d’assurer la pérennité du service ?

Dans son intervention, le chef de l’État semble avoir choisi la seconde option. L’objectif affiché n’est pas de supprimer le transport public, mais de créer les conditions de son fonctionnement durable. Cette décision invite également à une réflexion plus large sur la notion de service public. Dans de nombreux pays, les transports collectifs bénéficient certes de subventions publiques, mais les usagers participent également à leur financement à travers l’achat de titres de transport.

Le véritable enjeu sera donc moins la fin de la gratuité que les modalités de sa mise en œuvre. Les futurs tarifs seront-ils accessibles aux populations les plus modestes ? Des réductions seront-elles prévues pour les étudiants, les personnes âgées ou les personnes en situation de handicap ? Les recettes collectées serviront-elles effectivement à améliorer la qualité du service, la fréquence des bus et la couverture des quartiers ?

Autant de questions auxquelles les autorités devront répondre pour obtenir l’adhésion des usagers. Car les Gabonais pourraient accepter de payer davantage si, en contrepartie, ils bénéficient d’un service plus fiable, plus confortable et plus performant. Au fond, le débat ne porte peut-être pas sur la gratuité elle-même. Il porte sur la capacité du pays à construire des services publics durables, capables de fonctionner efficacement aujourd’hui sans compromettre les finances publiques de demain.