80 milliards $ de déficit : l’Afrique peine encore à rééquilibrer ses échanges avec la Chine



2026-09-14 12:57:00

Les échanges commerciaux entre l’Afrique et la Chine poursuivent leur progression, mais restent marqués par un déséquilibre croissant. Sur les huit premiers mois de 2026, le déficit commercial africain vis-à-vis de Pékin a atteint 80,07 milliards de dollars, tandis que le volume global des échanges a dépassé 273 milliards de dollars.



Le déficit commercial de l’Afrique avec la Chine s’est établi à 80,07 milliards de dollars entre janvier et août 2026. Selon les données de l’administration générale des douanes chinoises, ce déficit a progressé de 34,48 % sur un an. Dans le même temps, les exportations chinoises vers les pays africains ont bondi de 25,8 %, pour atteindre 177 milliards de dollars. Les importations chinoises en provenance du continent ont, elles, atteint 96,93 milliards de dollars, en hausse de 19 %. Au total, les échanges sino-africains ont représenté 273,94 milliards de dollars sur la période. Cette progression de 23,3 % confirme l’intensification des relations commerciales entre les deux espaces.

Cette évolution intervient alors que la Chine cherche de nouveaux débouchés pour ses produits sur les marchés du Sud global. La montée des barrières commerciales aux États-Unis et dans l’Union européenne, combinée aux surcapacités de certaines industries chinoises, favorise cette réorientation. L’Afrique apparaît ainsi comme l’un des marchés susceptibles d’absorber davantage de produits chinois. En parallèle, Pékin continue d’accroître ses achats de matières premières africaines, notamment de minerais et de produits énergétiques. Le continent se retrouve donc dans une relation commerciale où il vend principalement des ressources et achète davantage de produits manufacturés. Ce déséquilibre structurel explique en grande partie la persistance du déficit commercial africain.

La structure des échanges constitue précisément l’un des principaux défis pour les économies africaines. Les exportations du continent vers la Chine restent concentrées sur les minerais, les hydrocarbures et certains produits agricoles peu transformés. À l’inverse, les produits chinois exportés vers l’Afrique sont davantage constitués de machines, d’équipements, de biens électroniques et de technologies. Cette différence de valeur ajoutée limite la capacité du continent à tirer pleinement profit de l’intensification des échanges. Même les avantages tarifaires accordés par Pékin n’ont pas encore permis de modifier profondément cette structure. La baisse des droits de douane peut stimuler les volumes, mais elle ne suffit pas à transformer la nature des exportations africaines.

La Chine a pourtant renforcé son ouverture commerciale envers les pays africains. L’exemption généralisée des droits de douane concerne désormais les partenaires africains de Pékin, à l’exception de l’Eswatini. Cette politique vient compléter le traitement tarifaire nul dont bénéficiaient déjà 33 pays africains parmi les moins avancés depuis décembre 2024.
Mais l’effet de ces mesures reste difficile à isoler des évolutions des prix et des volumes de matières premières. L’extension de l’exemption à 20 pays africains non-PMA n’est par ailleurs entrée en vigueur que le 1er mai 2026. Le véritable enjeu est donc désormais de transformer cet accès préférentiel en capacités d’exportation à plus forte valeur ajoutée.

Pour Afreximbank, cette transformation passe par des réformes destinées à lever les principaux obstacles industriels et logistiques. Le développement de chaînes de valeur régionales pourrait notamment permettre de transformer davantage les produits agricoles et les minerais avant leur exportation. Le renforcement des infrastructures, des corridors logistiques, des ports secs et des réseaux d’entrepôts constitue également un levier important.
Le continent devra aussi mieux adapter son offre aux préférences des consommateurs chinois, dont les besoins évoluent. À cela s’ajoute la nécessité de renforcer les mécanismes de financement du commerce et les instruments d’assurance-crédit.
L’enjeu pour l’Afrique n’est donc plus seulement de vendre davantage à la Chine, mais de vendre mieux et avec davantage de valeur ajoutée.