Crise des devises en Afrique centrale : plus que 04 mois de devises pour toute la sous-région
2026-02-07 13:41:00
Avec à peine quatre mois de réserves en devises pour soutenir l’ensemble de la zone CEMAC, la Banque des États de l’Afrique centrale fait face à une situation critique. Une alerte qui a conduit les chefs d’État de la région à une réunion d’urgence sous la pression du FMI et de la Banque mondiale.
Le signal est clair et préoccupant. Lorsqu’une
banque centrale ne dispose plus que de quatre mois de réserves en devises pour
faire fonctionner toute une région, le risque systémique devient majeur. C’est
la situation à laquelle fait face aujourd’hui la BEAC, pilier monétaire de
l’Afrique centrale.
Le 22 janvier dernier, les chefs d’État de la
CEMAC ont été convoqués en urgence à Brazzaville, sous la pression directe du
Fonds monétaire international et de la Banque mondiale. En cause : une pénurie
critique de dollars et d’euros, indispensables pour stabiliser la monnaie,
financer les importations et honorer la dette extérieure.
Cette fragilisation trouve son origine dans des
années de déséquilibres budgétaires. Plusieurs pays de la zone – Gabon, Congo,
Cameroun, Guinée équatoriale – ont durablement dépensé au-delà de leurs
capacités, souvent à crédit et à des taux élevés, pour des projets
insuffisamment structurés. Le barrage de Nachtigal au Cameroun illustre cette
dérive : capable de produire 420 MW, soit près de 30 % de l’électricité
nationale, une partie de cette capacité reste inutilisable faute de réseaux
adaptés.
Les chiffres sont éloquents. Au Gabon, le déficit
budgétaire est passé de 1 200 milliards de FCFA en 2025 à plus de 3 200
milliards en 2026, tandis que la dette dépasse désormais 80 % du PIB. Au
Congo-Brazzaville, l’endettement a franchi la barre des 120 % du PIB,
entraînant grèves, tensions sociales et paralysie progressive des services
publics.
Face à ces déséquilibres, la confiance des
investisseurs s’érode. Les taux d’emprunt dépassent parfois 12 %, et le FMI
évoque ouvertement la mise en place de programmes d’urgence. Derrière ces
indicateurs macroéconomiques, la réalité est brutale : moins de ressources pour
les écoles, les hôpitaux et les services essentiels. Si la crise est sévère,
elle peut néanmoins constituer un tournant, à condition que l’Afrique centrale
engage des réformes de gouvernance, de discipline budgétaire et d’investissement
responsable.