Décès d’une mère et son bébé : l’Ordre des médecins défend les résidents



2026-08-12 11:43:00

Après le décès d’une femme enceinte et de son bébé à naître, la détention d’une jeune médecin résidente en gynécologie-obstétrique et la grève des médecins résidents, le Conseil national de l’Ordre des médecins du Gabon (CNOM) appelle à l’apaisement. Dans un communiqué publié le 10 août 2026, l’institution plaide à la fois pour le respect de la procédure judiciaire et pour une réforme urgente du statut des médecins en spécialisation.



Le drame a plongé le monde médical gabonais dans une vive émotion. Tout en rendant hommage à la mère et à son enfant, le CNOM rappelle qu’un décès au cours d’une prise en charge médicale ne suffit pas, à lui seul, à établir une faute. L’Ordre estime que la responsabilité de la praticienne doit être appréciée à la lumière de l’état de santé initial de la patiente, de l’urgence, du niveau de formation de la résidente, de son autonomie réelle, de la supervision dont elle disposait et des moyens humains, techniques et transfusionnels disponibles. Pour l’institution, seule une expertise médicale contradictoire et collégiale peut permettre d’établir les responsabilités avec objectivité.


Sur le volet judiciaire, le CNOM ne conteste ni l’autorité de la justice ni le principe selon lequel le médecin répond de ses actes. « Le médecin n’est pas au-dessus de la loi », rappelle-t-il. Mais l’Ordre demande le réexamen des conditions de détention de la jeune praticienne et évoque la possibilité d’une mise en liberté provisoire sous contrôle. Une position qui, selon lui, ne remettrait nullement en cause les poursuites éventuelles, mais permettrait de rechercher la vérité dans un climat plus serein, tout en préservant les droits de la famille endeuillée. Dans le même temps, l’Ordre appelle les médecins résidents à reprendre le travail et à maintenir les urgences vitales et les maternités.


Derrière cette crise, le CNOM met surtout en lumière une fragilité ancienne du système : le statut juridique du médecin résident. Selon l’Ordre, ce professionnel titulaire d’un doctorat en médecine exerce des responsabilités parfois considérables  gardes, prescriptions, actes chirurgicaux ou décisions médicales  sans que son autonomie, sa supervision, son régime d’assurance, son temps de travail, ses repos ou sa rémunération soient suffisamment encadrés par les textes. Pour le CNOM, cette zone grise juridique peut aussi devenir une zone de risque pour les patients comme pour les praticiens.


L’institution propose donc l’ouverture de travaux législatifs et réglementaires pour définir clairement le statut du médecin en spécialisation, la gradation des actes autorisés, la chaîne de supervision et la responsabilité des médecins seniors et des établissements hospitaliers. Elle souhaite également des garanties en matière de contrat, de rémunération, de repos de sécurité, de couverture sociale et d’assurance professionnelle. Plus controversée, sa proposition d’associer systématiquement un représentant de l’Ordre et un spécialiste du domaine aux procédures judiciaires concernant des actes médicaux ouvre un débat sur l’équilibre entre expertise professionnelle, indépendance de la justice et égalité devant la loi.

Pour le CNOM, le constat reste sans appel : « Il n’y a, dans cette séquence, aucun vainqueur ». Entre une famille endeuillée, une jeune médecin détenue et des services hospitaliers paralysés, cette affaire rappelle surtout l’urgence de sécuriser à la fois la prise en charge des patientes et les conditions d’exercice de ceux qui les soignent.