Liberté de la presse : le Gabon interpellé après son recul au classement RSF
2026-05-10 08:53:00
La Maison Georges Rawiri, siège de Radio Gabon et Gabon Télévision, a servi de cadre, hier, à la célébration en différé de la Journée mondiale de la liberté de la presse. Placée sous le thème « Façonner un avenir pour la paix », cette édition 2026 a réuni autorités gouvernementales, journalistes, étudiants et représentants d’organisations internationales autour des défis actuels du paysage médiatique gabonais, entre responsabilité professionnelle, indépendance de la presse et impacts de l’intelligence artificielle.
Dans une atmosphère marquée à la fois par la réflexion et les préoccupations du secteur, plusieurs allocutions et panels ont rythmé cette journée commémorative célébrée officiellement chaque 3 mai à travers le monde. Prenant la parole devant les professionnels des médias, le ministre de la Communication et des Médias, Germain Biahodjow, accompagné du ministre de l’Enseignement supérieur, Pr Charles Edgard Mombo, a réaffirmé la volonté des autorités gabonaises de préserver un environnement favorable à l’exercice du journalisme. « Au Gabon, la liberté de la presse doit être exercée dans le respect de l’éthique et de la déontologie de la profession, ainsi que dans le strict respect des lois et règlements en vigueur », a déclaré le membre du gouvernement. Il a également insisté sur l’engagement des pouvoirs publics, sous l’autorité du président Brice Clotaire Oligui Nguema, à œuvrer pour une presse « libre, indépendante, responsable et au service de la démocratie ».
Mais au-delà des discours officiels, les débats ont surtout permis de mettre en lumière les nombreuses difficultés auxquelles reste confronté le secteur médiatique gabonais. Le représentant résident de l’Unesco, Patricio Zambrano Restrepo, a notamment évoqué les défis liés à la viabilité économique des médias et à la gestion des impacts de l’intelligence artificielle sur le traitement de l’information. « L’Unesco continue de jouer un rôle crucial en soutenant ces évolutions et en promouvant un environnement médiatique libre et indépendant », a-t-il souligné. Des problématiques qui interviennent dans un contexte particulier marqué par le récent classement de Reporters sans frontières (RSF), plaçant le Gabon au 43e rang mondial après une perte de deux places en matière de liberté de la presse. Un recul qui suscite interrogations et débats au sein de la corporation.
Au nom des professionnels des médias, le journaliste Brice Ntoutoume a appelé les autorités à tirer les enseignements de cette évolution du classement international. « La politique doit rectifier le tir, car ce léger recul doit nous interpeller, bien que la vigilance ne doit jamais faiblir », a-t-il averti. Le journaliste a également rappelé les attentes persistantes de la corporation concernant l’adoption du statut particulier du communicateur ainsi que la révision annoncée du nouveau Code de la communication. Cette édition 2026 revêt enfin une portée symbolique particulière puisqu’elle coïncide avec le 33e anniversaire de la Déclaration de Windhoek, texte fondateur adopté en Namibie et consacré à la promotion d’une presse libre, pluraliste et indépendante. Une manière de rappeler que, plus de trois décennies après cette déclaration historique, les enjeux de liberté, de responsabilité et d’indépendance médiatique demeurent au cœur des démocraties contemporaines.