Parlons de nos provinces : l’île Nendé, le nouveau visage de l’écotourisme gabonais entre nature, culture et développement local
2026-07-16 15:42:00
Pour cette nouvelle édition de « Parlons de nos provinces », BiBa 241 propose une immersion au cœur d’un territoire encore méconnu mais appelé à devenir une vitrine du tourisme durable au Gabon : l’île Nendé, située dans le parc national d’Akanda, au nord de Libreville.
Entre mangroves, forêts luxuriantes, plages atypiques et
richesse culturelle, ce site naturel révèle progressivement son potentiel grâce
à un circuit écotouristique communautaire qui place la préservation de
l’environnement et l’implication des populations locales au centre de son
modèle.
L’île Nendé, une nouvelle porte d’entrée vers le patrimoine
naturel gabonais
Longtemps restée discrète, l’île Nendé s’impose aujourd’hui
comme l’un des nouveaux joyaux de l’écotourisme au Gabon. Son développement
touristique repose sur une approche différente : proposer aux visiteurs une
expérience immersive où la découverte de la nature s’accompagne d’une rencontre
avec les communautés qui vivent autour du parc.
Ce projet est porté dans le cadre d’un partenariat entre
l’Agence nationale des parcs nationaux du Gabon (ANPN), l’Agence japonaise de
coopération internationale (JICA) et l’Ambassade du Japon au Gabon, avec la
mise en œuvre opérationnelle assurée par l’ONG japonaise Ecologic. L’ambition
est claire : faire de la conservation de la biodiversité un outil de
développement économique pour les communautés riveraines.
Une immersion au cœur des communautés locales
Plus qu’une simple visite touristique, le circuit proposé
sur l’île Nendé invite les visiteurs à découvrir un mode de vie intimement lié
à la forêt, aux cours d’eau et aux ressources naturelles. Lors d’un voyage de
presse organisé les 8 et 9 juillet 2026, la coordinatrice de l’ONG Ecologic,
Imaoka Sayaka, a expliqué la philosophie de cette initiative. « Ici, il y a des
sites où l’on peut faire des randonnées avec la population locale afin de
découvrir son mode de vie et la manière dont elle vit en harmonie avec la
nature », a-t-elle indiqué.
Cette approche repose sur la transmission des savoirs locaux
et la valorisation des traditions des communautés présentes dans cette partie
du Gabon. Les peuples Sekiani, Kota, Fang ainsi que les communautés Omyènè
participent ainsi à la mise en valeur d’un patrimoine culturel qui entretient
depuis des générations un lien étroit avec l’environnement.
Pour le Dr Guy Max Moussavou, anthropologue et coordonnateur
du projet, cette diversité constitue une véritable richesse. « Chaque
tradition, chaque ethnie, chaque culture entretient une relation particulière
avec cette nature », souligne-t-il.
La forêt gabonaise comme livre ouvert
Au fil des randonnées, les visiteurs découvrent les
multiples usages des espèces végétales qui composent cet écosystème
exceptionnel. Accompagnés par des guides locaux, ils apprennent à reconnaître
les essences forestières, leur importance écologique mais aussi leur rôle dans
la vie quotidienne des populations. Parmi elles, l’Okoumé occupe une place
centrale. Symbole de la forêt gabonaise et ressource majeure de l’industrie
forestière nationale, cet arbre possède également une importance pratique et
culturelle pour les communautés locales.
Selon le guide Angoué Mba, l’Okoumé accompagne les
populations dans plusieurs aspects du quotidien : « Ce bois nous permet de
fabriquer les embarcations pour nous déplacer d’un point à un autre par voie
maritime. Il sert également à construire les maisons. Toutes les planches que
vous voyez dans les quincailleries proviennent de l’Okoumé ».
Au-delà du bois, certaines parties de l’arbre sont également
utilisées dans des pratiques traditionnelles, notamment dans la pharmacopée,
certains rites initiatiques ou encore la fabrication de produits artisanaux.
Les visiteurs découvrent également d’autres essences comme l’Okala, dont les
écorces occupent une place dans certaines pratiques culturelles et
constructions traditionnelles.
Entre découverte écologique et expériences authentiques
L’expérience proposée sur l’île Nendé ne se limite pas à
l’observation des paysages. Elle met également en avant les pratiques locales.
Les visiteurs peuvent notamment assister à des démonstrations de pêche
traditionnelle aux crabes enfouis dans le sol, une activité qui témoigne de
l’adaptation des populations aux ressources de leur environnement.
L’excursion se poursuit ensuite sur les eaux du parc
national d’Akanda, offrant une immersion au cœur d’un paysage composé de
mangroves et de zones humides remarquables. Parmi les sites les plus
impressionnants figure Kendjé, une curiosité naturelle où la plage n’est pas
recouverte de sable classique mais entièrement de coquillages. Un spectacle
rare qui illustre la singularité écologique de cette zone protégée.
Un sanctuaire pour la biodiversité
Le parc national d’Akanda est également reconnu pour son
importance ornithologique. La diversité des zones humides attire de nombreuses
espèces d’oiseaux, notamment des flamants, des pélicans et plusieurs oiseaux
migrateurs qui trouvent dans cet espace un environnement favorable. Pour les
passionnés de nature, d’observation animalière ou de photographie, l’île Nendé
représente ainsi un terrain d’exploration exceptionnel.
Des infrastructures pensées pour un tourisme durable
Afin d’accueillir les visiteurs dans de bonnes conditions,
plusieurs aménagements ont été réalisés sur le site. L’île dispose désormais de
deux plateformes couvertes pouvant accueillir jusqu’à douze tentes, de
sanitaires modernes, de douches, d’une cuisine équipée ainsi que d’un espace de
restauration. Ces installations permettent de proposer des séjours en pleine
nature tout en garantissant un niveau de confort adapté aux attentes des
visiteurs.
L’objectif est de développer un tourisme respectueux de
l’environnement, capable de générer des revenus sans dégrader les écosystèmes.
Un modèle qui séduit déjà les visiteurs internationaux
Les premiers résultats témoignent de l’intérêt suscité par
cette initiative. Depuis le lancement du projet, plus d’une centaine de
touristes ont déjà découvert l’île Nendé. Parmi eux, plus de 90 % sont des
visiteurs occidentaux, attirés par l’authenticité du site, la richesse de la
biodiversité et l’expérience humaine proposée. Cette fréquentation confirme
l’existence d’un potentiel touristique encore largement inexploité au Gabon.
L’écotourisme comme levier de développement
À travers l’île Nendé, le Gabon explore une nouvelle manière
de valoriser son patrimoine naturel. L’enjeu n’est plus seulement de protéger
les espaces exceptionnels, mais aussi d’en faire bénéficier les populations qui
y vivent. En associant conservation, culture et développement économique local,
ce projet illustre une vision moderne de l’écotourisme : une activité où la
nature devient une richesse durable et où les communautés deviennent des
acteurs essentiels de sa préservation.
Avec cette nouvelle escale de « Parlons de nos provinces »,
BiBa 241 met en lumière un territoire qui pourrait bien devenir, demain, l’une
des destinations emblématiques du tourisme vert en Afrique centrale.