« Parlons de vous » : Julien Slym Moussavou Moundziegou, de l’agence digitale à la construction d’une technologie made in Gabon



2026-09-11 07:16:00

Dans l’écosystème numérique gabonais, certains parcours se construisent moins dans la recherche d’un effet de mode que dans une conviction patiemment consolidée : celle que les technologies doivent d’abord répondre aux réalités du terrain. Fondateur de Mukite, Julien Slym Moussavou Moundziegou appartient à cette génération d’entrepreneurs qui veulent faire du numérique non seulement un outil de services, mais un véritable levier de transformation économique.



De l’agence digitale à la startup technologique, son parcours raconte une même ambition : réinventer les échanges et permettre aux Gabonais de devenir eux-mêmes producteurs de solutions numériques.

Du développement logiciel à l’entrepreneuriat

Né le 26 février 1986 à Port-Gentil, Julien Slym Moussavou Moundziegou découvre progressivement le numérique à travers le développement logiciel. Après un BAC F2 obtenu en 2009, il poursuit sa formation au Ghana, où il décroche en 2013 un diplôme en développement logiciel. Une expérience qui lui permet également de faire ses premières armes professionnelles dans le développement web et logiciel.

Son parcours le conduit ensuite au Togo, où il exerce pendant six mois comme consultant, avant de revenir au Gabon en 2017. Ces expériences dans différents environnements professionnels vont progressivement nourrir une conviction : le numérique dispose d’un potentiel considérable en Afrique, mais les solutions proposées doivent être pensées à partir des réalités des marchés qu’elles ambitionnent de transformer.

C’est dans cette logique qu’il fonde Mukite en 2019. « Mukite signifie “commerce” en langue Ghisir », explique-t-il. Un nom qui résume l’ambition de l’entreprise : repenser les échanges à travers la technologie. Sa philosophie tient en une formule : « L’échange réinventé ».

Mais derrière cette signature se trouve une conception plus large de l’entrepreneuriat. Pour Julien Slym Moussavou Moundziegou, entreprendre ne revient pas simplement à créer une activité rentable. Il s’agit avant tout « d’identifier un besoin réel, proposer une réponse pertinente et créer progressivement de la valeur autour de cette solution ».

Une entreprise née d’un besoin du terrain

À la création de Mukite, le constat est relativement simple : il existe un décalage entre le potentiel du numérique au Gabon et les solutions réellement accessibles aux entreprises, aux entrepreneurs et aux particuliers.

Présence digitale, développement d’outils, communication, design ou encore accompagnement : les besoins sont nombreux, mais l’accès aux compétences et aux solutions adaptées demeure parfois limité.

Mukite se construit donc d’abord comme une réponse à cette réalité. L’entreprise accompagne progressivement ses clients dans leurs projets web, leur communication digitale, leur design et leurs problématiques numériques.

Cette première phase permet à Julien Slym Moussavou Moundziegou de bâtir un savoir-faire, mais surtout de comprendre les problématiques concrètes auxquelles sont confrontés les utilisateurs. Une centaine de projets accompagnés au Gabon et à l’international viendront progressivement consolider cette expérience. Mais l'entrepreneur comprend aussi que cette connaissance du terrain peut servir à autre chose : construire ses propres solutions.

Quand l’agence devient aussi une startup

C’est probablement l’un des tournants les plus importants de l’histoire de Mukite. Après avoir travaillé pour les autres, l’entreprise décide de développer ses propres produits technologiques.

« Nous avons voulu construire également nos propres produits technologiques », résume son fondateur.

La trajectoire de Mukite repose désormais sur deux moteurs complémentaires. D’un côté, l’agence génère du savoir-faire, des revenus et des relations de confiance avec les entreprises. De l’autre, la startup transforme les problèmes identifiés sur le terrain en solutions technologiques susceptibles de changer d’échelle.

Une approche qui constitue, selon Julien Slym Moussavou Moundziegou, la principale singularité de son entreprise.

« Le travail quotidien auprès des entreprises et des utilisateurs fait remonter des problèmes concrets, et ces problèmes deviennent la matière première de nos propres solutions », explique-t-il.

L’année 2023 marque à cet égard un tournant, avec le recrutement d’équipes, le développement de nouvelles collaborations, notamment l’accompagnement de Comilog en partenariat avec EDG dans le cadre d’une action RSE, mais aussi l’accélération de la réflexion autour des produits propriétaires.

Cette orientation se concrétise en août 2025 avec la mise en ligne du premier MVP de la Super App Mukite. Aujourd’hui, une cinquantaine d’utilisateurs testeurs participent à cette phase, première étape d’une ambition plus large : construire une plateforme capable de centraliser plusieurs usages et services numériques au sein d’un même écosystème.

Former, transmettre et construire en même temps

Dans son parcours, Julien Slym Moussavou Moundziegou ne mesure pas uniquement sa réussite à l’aune des projets réalisés ou des produits développés. Il insiste également sur une dimension souvent moins visible de l’entrepreneuriat : la transmission.

La constitution d’une équipe et l’accueil de nombreux stagiaires ont permis à Mukite de participer à la formation de jeunes talents. Pour son fondateur, cette contribution compte parmi les réalisations dont il est le plus fier.

Cette vision prend une résonance particulière dans un secteur où les entreprises ont besoin de compétences immédiatement opérationnelles, alors même que de nombreux jeunes diplômés peinent à accéder à une première expérience professionnelle.

Former devient alors une manière de construire l’entreprise, mais aussi de participer à la construction d’un écosystème numérique plus solide.

La résilience comme méthode de décision

Comme tout entrepreneur, Julien Slym Moussavou Moundziegou connaît les périodes d’incertitude. Dans le numérique, elles prennent différentes formes : financement, recrutement, accès aux ressources techniques, fidélisation des compétences ou encore difficulté à convaincre un marché de la valeur d’une technologie avant son adoption.

Face à ces situations, il privilégie une méthode simple : revenir au problème initial.

« Quel problème cherchons-nous à résoudre ? Pour qui ? Et quelle est la meilleure utilisation de nos ressources aujourd’hui ? », se demande-t-il lorsqu’il faut arbitrer.

Une démarche qui traduit une conception pragmatique du leadership. Pour lui, l’entrepreneur doit conserver une vision suffisamment forte pour savoir où il veut aller, tout en restant suffisamment souple pour modifier son chemin lorsque la réalité l’exige.

Car l’idée, aussi pertinente soit-elle, ne garantit jamais le succès.

« La bonne idée ne suffit pas », affirme-t-il. Il faut savoir l’exécuter, écouter le marché, gérer ses ressources et surtout tenir dans la durée.

L’échec devient ainsi moins une condamnation qu’une source d’apprentissage. Certains revers permettent de comprendre ce qui ne fonctionne pas, de corriger la trajectoire et d’éviter de reproduire les mêmes erreurs.

Le numérique comme infrastructure de l’économie gabonaise

Pour Julien Slym Moussavou Moundziegou, la prochaine décennie pourrait profondément transformer la place du numérique dans l’économie gabonaise.

Il imagine un pays où davantage d’entreprises digitalisent leurs processus, où les services en ligne se développent au-delà de Libreville et où l’intelligence artificielle, la fintech et les solutions mobiles prennent une place croissante.

Mais cette transformation ne dépendra pas uniquement de la technologie. Elle nécessitera également un environnement économique capable de permettre aux jeunes entreprises de se développer.

Le financement constitue, selon lui, le premier enjeu. Le second concerne le cadre administratif et fiscal, qui devrait davantage tenir compte du temps nécessaire à une jeune entreprise pour atteindre sa maturité.

« Les PME apportent concrètement » quelque chose de fondamental à l’économie, rappelle-t-il : elles forment, recrutent et offrent aux jeunes diplômés une première expérience professionnelle.

Soutenir les petites entreprises revient donc, à ses yeux, à soutenir simultanément l’emploi, l’entrepreneuriat et la montée en compétences d’une génération.

« Persévérant » : un mot comme ligne de conduite

Lorsqu’il doit choisir un adjectif pour se définir, Julien Slym Moussavou Moundziegou ne cherche pas une formule sophistiquée. Il répond simplement : « Persévérant. »

Un mot qui résume finalement assez bien son parcours.

De la formation au Ghana à son expérience au Togo, de son retour au Gabon à la création de Mukite, puis du modèle d’agence à celui d’une startup développant ses propres produits, son parcours s’est construit par étapes successives.

À la jeunesse gabonaise, il recommande de ne pas attendre que toutes les conditions soient réunies pour commencer.

Commencer avec ce que l’on possède. Développer une compétence. Résoudre un problème autour de soi. Trouver ses premiers clients. Apprendre à vendre son savoir-faire. Gérer son argent. Se former continuellement. Et surtout, accepter le temps long.

Car entreprendre, selon lui, ne signifie pas nécessairement créer immédiatement une grande entreprise. Cela peut commencer par une compétence maîtrisée, un problème identifié ou une première solution apportée à quelqu’un.

Devenir créateur plutôt que simple utilisateur

Derrière Mukite et son développement d’une Super App se dessine finalement une ambition qui dépasse la seule croissance d’une entreprise.

Julien Slym Moussavou Moundziegou veut contribuer à faire évoluer le rôle des jeunes Gabonais dans la révolution numérique.

« Mon ambition personnelle est de contribuer, à mon échelle, à faire en sorte que davantage de jeunes Gabonais ne soient pas seulement utilisateurs des technologies que le monde produit, mais deviennent eux-mêmes créateurs de solutions, d’entreprises et de valeur. »

C’est peut-être là que se trouve le véritable fil conducteur de son parcours. Après avoir appris à développer des logiciels, accompagné des entreprises et construit une agence numérique, l’entrepreneur veut désormais participer à la création de technologies pensées depuis le Gabon et capables, demain, de rayonner au-delà de ses frontières.

Avec Mukite, Julien Slym Moussavou Moundziegou ne raconte donc pas seulement l’histoire d’une entreprise numérique. Il raconte celle d’une conviction : le Gabon ne doit pas uniquement consommer la technologie ; il doit aussi apprendre à la concevoir, à la développer et à en faire un moteur de création de valeur.

C’est précisément ce que met en lumière « Parlons de vous » : des parcours, des idées et des entrepreneurs qui, chacun dans leur domaine, contribuent à écrire une autre histoire du Gabon.