Service de la dette en Afrique : l’analyse de Jean-Fidèle Otandault sur un risque sous-estimé
2026-02-05 15:27:00
Dans une tribune récente, Jean-Fidèle Otandault, expert-comptable diplômé et ancien ministre d’État, ministre du Budget, livre une analyse nuancée de l’endettement des pays africains. Selon lui, le débat doit se déplacer du niveau de la dette vers le coût de son service, devenu un frein majeur aux politiques publiques et au développement.
Jean-Fidèle Otandault rappelle que l’augmentation de la dette publique en Afrique au cours de la dernière décennie répond à des besoins réels : financement du développement économique et social, faiblesse des ressources internes et gestion de crises majeures, notamment la pandémie de Covid-19. À ses yeux, cette dynamique d’endettement ne doit pas être analysée de manière isolée ni dramatisée, d’autant que les ratios africains restent, en moyenne, inférieurs à ceux observés dans plusieurs économies émergentes et développées.
L’ancien ministre du Budget déplace cependant le cœur du débat vers ce qu’il considère comme le véritable enjeu : le service de la dette. Il souligne que, dans de nombreux pays africains, une part significative des recettes publiques — parfois plus d’un tiers — est consacrée au remboursement de la dette. Cette situation réduit considérablement les marges budgétaires disponibles pour financer les services essentiels, tels que l’éducation, la santé, l’énergie ou les infrastructures de base.
Selon Jean-Fidèle Otandault, le risque n’est donc pas tant un surendettement
immédiat qu’un étranglement budgétaire progressif, susceptible de freiner
durablement l’investissement public et la croissance. Il met en garde contre un
retour aux crises d’endettement des décennies passées si des mesures
structurelles ne sont pas prises pour maîtriser le coût de la dette et
améliorer la qualité des financements mobilisés.
Dans son analyse, l’expert insiste sur la nécessité d’une meilleure
mobilisation des recettes publiques, en précisant qu’il ne s’agit ni
d’augmenter les impôts ni de créer de nouvelles taxes. L’enjeu réside plutôt
dans une fiscalité plus efficace et équitable, une meilleure collecte des
ressources existantes et une gestion plus rigoureuse des dépenses publiques, y
compris des dépenses fiscales dont l’impact économique réel n’est pas toujours
démontré.
Enfin, Jean-Fidèle Otandault considère qu’un programme avec le FMI peut constituer un levier utile, à condition qu’il soit bien préparé, techniquement solide et adapté aux réalités nationales. Un tel cadre peut faciliter l’accès à des financements extérieurs moins coûteux, améliorer la gestion de la dette et renforcer la gouvernance économique. Pour l’ancien ministre, ces réformes sont indispensables pour restaurer des marges budgétaires, soutenir une croissance durable et améliorer les conditions de vie des populations.