20 ans de prison et plus de 1 200 milliards à rembourser : la chute judiciaire du clan Bongo-Valentin
2025-11-12 09:47:00
L’onde de choc a traversé tout le pays ce mardi : l’ancienne première dame du Gabon, Sylvia Bongo Ondimba, et son fils Noureddin Bongo Valentin ont été condamnés par la Cour criminelle spécialisée à 20 ans de prison pour détournement massif de biens publics, à l’issue d’un procès expéditif ouvert la veille. Jugés par contumace, mère et fils sont désormais au cœur du plus grand scandale politico-financier de l’histoire récente du pays.
Selon le verdict lu par le président de la Cour, Jean Mexant Essa Assoumou, Sylvia Bongo est reconnue coupable de recel et de détournement de fonds publics, de blanchiment de capitaux, d’usurpation de fonds et d’instigation au faux. Quant à Noureddin Bongo Valentin, ancien coordinateur général des affaires présidentielles, il est déclaré coupable de détournement de deniers publics, de concussion, d’usurpation de titres et fonctions, de blanchiment aggravé de capitaux et d’association de malfaiteurs.
Mais le choc ne s’arrête pas là : le tribunal a également condamné le fils d’Ali Bongo à rembourser la somme vertigineuse de 1 201 milliards de francs CFA à l’État gabonais, en plus d’une amende solidaire de 100 millions de francs CFA infligée à sa mère et à lui. Une sentence sans précédent, qui marque un tournant dans la lutte contre la corruption systémique de l’ancien régime.
Lors de son réquisitoire, le procureur général Eddy Minang n’a pas mâché ses mots. Il a exigé la confiscation intégrale des avoirs de la famille : comptes bancaires, hôtels particuliers, actifs pétroliers et miniers, ainsi qu’une cinquantaine d’entreprises éparpillées entre Libreville, Paris, Londres et Marrakech.
Le magistrat a projeté des images accablantes de jets privés, propriétés luxueuses et villas somptueuses, présentées comme acquises grâce à des circuits de blanchiment sophistiqués. Parmi elles, un hôtel particulier londonien estimé à plusieurs dizaines de millions de livres sterling et un palais à Marrakech, symbole du faste d’un clan qui, selon le parquet, « a régné sans partage sur les finances publiques du pays, tout en se faisant passer pour victime du système qu’il a bâti. »
Refusant de comparaître, Sylvia et Noureddin Bongo ont dénoncé un procès “politique”, affirmant qu’il s’agit d’une justice “aux ordres”. Leur absence a conduit la Cour à les juger par contumace, ce qui n’enlève rien à la validité de la décision.
Libérés le 14 mai 2025 après 20 mois de détention préventive, les deux accusés vivent désormais en exil à Londres, bénéficiant de la nationalité française. Ils ont d’ailleurs contre-attaqué en déposant en France une plainte contre l’État gabonais pour “torture et violation des droits de l’homme”, espérant rallumer la bataille judiciaire sur le sol européen.
Interrogé sur cette procédure engagée en France, le porte-parole de la présidence, Théophane Nzame Nze Biyoghe, a tenu une ligne claire : « Le Gabon assumera ses responsabilités. » Une déclaration sobre, mais lourde de sens, qui traduit la volonté du gouvernement de ne pas céder à la pression internationale.
Ce procès, inédit par son ampleur et ses révélations, marque sans conteste la fin symbolique de l’ère Bongo-Valentin. Il pose aussi un jalon décisif dans la nouvelle politique de reddition des comptes initiée depuis le 30 août 2023, date du coup d’État militaire qui a mis fin à plus d’un demi-siècle de pouvoir dynastique au Gabon.