Affaire BR Sarl : les banques dans le viseur, les victimes espèrent enfin une justice réparatrice le 30 décembre



2025-12-10 14:52:00

Le feuilleton BR Sarl, l’un des plus retentissants scandales financiers de ces dernières années au Gabon, a ressurgi hier devant le tribunal de commerce de Libreville. Alors que les responsables de la structure frauduleuse demeurent introuvables depuis leur fuite, les avocats des milliers d’épargnants ruinés ont décidé de déplacer leur bataille judiciaire : désormais, ce sont les banques partenaires, UBA, Ecobank et Orabank, qui sont accusées de négligence grave.



Quand l’absence des auteurs présumés force un changement de cible

Face à l’impossibilité de poursuivre des dirigeants en cavale et à la disparition de BR Sarl, les victimes n’ont plus qu’un recours : démontrer la responsabilité des institutions bancaires qui ont permis, par leur passivité supposée, la prospérité d’une escroquerie de grande ampleur.

L’audience d’hier a ainsi largement tourné autour du rôle, ou de l’absence de rôle, des banques dans le contrôle des activités de BR Sarl.

« Elles savaient, et n’ont rien dit » : l’accusation portée contre le système bancaire

Pour Me Francis Nkéa Ndzigue, figure visible de la défense des épargnants, les établissements bancaires n'ont pas seulement montré une carence dans leur vigilance : ils ont laissé l’arnaque s’installer.

« Le fondement de notre action réside dans le fait que les banques étaient en relation d’affaires avec BR Sarl et n’ont pas dénoncé ses pratiques frauduleuses », a-t-il déclaré.

L’avocat rappelle que les banques ont ouvert des comptes à BR Sarl alors même que l’entreprise n’était pas légalement constituée. Un fait qui, selon lui, aurait dû immédiatement alerter et conduire à un signalement obligatoire à l’Agence nationale d’investigations financières (ANIF).

« Les épargnants, eux, ne pouvaient pas savoir qu’ils étaient victimes d’une escroquerie. Le système bancaire, si. »

Ce manquement est qualifié de faute de vigilance caractérisée, dans un contexte où les banques sont légalement tenues de surveiller les flux financiers atypiques ou suspects.

Un verdict attendu comme un tournant

Des milliers de victimes se tournent désormais vers le 30 décembre 2025, date à laquelle le tribunal rendra sa décision. Beaucoup espèrent que la justice reconnaîtra non seulement leurs droits, mais aussi les responsabilités de toutes les parties ayant permis à ce montage frauduleux de prospérer.

Pour nombre d’épargnants ruinés, aujourd’hui encore dans la détresse, cette audience marque peut-être le début d’un long processus : celui de la réparation, mais aussi de la vérité sur les défaillances qui ont rendu possible l’un des plus grands scandales financiers du pays.