Affaire Warren : la juge d’instruction suspendue pour manquement à ses obligations professionnelles



2025-10-30 23:24:00

L’affaire Warren, du nom du jeune adolescent sauvagement agressé par plusieurs de ses camarades du lycée René Descartes de Batterie 4, continue de susciter des remous jusque dans la sphère judiciaire. Ce jeudi 30 octobre 2025, la juge d’instruction des enfants du 2e cabinet, Leïla Charlène Ndondo Ngossa épouse Leyigui, a été suspendue de ses fonctions pour une durée de trois mois par le président du tribunal de première instance de Libreville, Jean Gaël Doumbeneny.



L’ordonnance, rapidement relayée sur les réseaux sociaux, cite des manquements graves aux obligations professionnelles et déontologiques de la magistrate. En cause, plusieurs décisions controversées dans la gestion du dossier concernant l’agression de Warren Aaron Pango Loungou, âgé de 15 ans, violemment passé à tabac au Beach Club par un groupe d’élèves de son établissement.


Selon les éléments rapportés, la juge aurait reçu les parents de l’un des agresseurs présumés en dehors de la présence des parents de la victime, un geste qualifié par le président du tribunal de « contraire aux convenances de son état et à la délicatesse de sa fonction ». Dans son ordonnance, Jean Gaël Doumbeneny souligne que cette initiative personnelle a compromis l’impartialité attendue d’une magistrate en charge d’un dossier aussi sensible.


De plus, la juge Ndondo Ngossa épouse Leyigui aurait, toujours selon l’ordonnance, renvoyé une partie des auditions au motif d’une coupure d’électricité, alors qu’elle « pouvait instruire manuellement ». Un argument que la hiérarchie judiciaire n’a pas jugé recevable. « La saisie par ordinateur n’est pas une obligation légale », rappelle un magistrat du Palais de justice, précisant qu’un tel report aurait pu ralentir le traitement de l’affaire et alimenter le sentiment d’impunité déjà décrié par l’opinion publique.

Cette suspension, jugée proportionnée à « la gravité des faits », intervient dans un contexte de forte pression sociale et politique. Depuis la diffusion virale des vidéos de l’agression, l’émotion nationale est à son comble. Les citoyens, les associations de parents d’élèves et même le chef de l’État, Brice Clotaire Oligui Nguema, ont appelé à la fermeté et à la tolérance zéro face aux violences scolaires. Dans ce climat, la moindre faille dans le traitement judiciaire de l’affaire suscite une réaction immédiate de la population, exigeant exemplarité et rigueur.


Le président du tribunal ne s’en cache pas : il invoque dans son ordonnance la « perturbation sociale » engendrée par les agissements de la juge, estimant que ceux-ci pourraient entamer la confiance du public envers l’appareil judiciaire. « Elle aurait dû faire montre d’un professionnalisme soutenu », conclut Jean Gaël Doumbeneny, soulignant la nécessité pour la justice de maintenir son image d’institution crédible et impartiale.

La gestion de cette affaire a été immédiatement transférée à un autre juge d’instruction, dont la mission consistera à poursuivre les auditions et à instruire le dossier dans les meilleurs délais. Le traitement de cette procédure sera scruté avec attention, tant par les autorités que par la population, qui attend des sanctions exemplaires à l’encontre des agresseurs du jeune Warren.


Pour de nombreux observateurs, cette suspension illustre la volonté du pouvoir judiciaire de restaurer la confiance du public en démontrant que nul, pas même un magistrat, n’est au-dessus des règles de probité et de rigueur.


Cette affaire, au-delà du drame humain, pose de façon plus large la question du fonctionnement des juridictions pour mineurs au Gabon, souvent critiquées pour leur lenteur et leur manque de moyens. Dans un contexte de montée des violences scolaires, cette sanction disciplinaire pourrait marquer un tournant dans la manière dont la justice gabonaise entend désormais traiter les affaires impliquant des mineurs et leurs responsabilités pénales.

Le jeune Warren, toujours hospitalisé et en convalescence, demeure le symbole d’une société gabonaise en quête d’ordre, de justice et de repères éducatifs solides.