Black-out dans la Grand Libreville : quand la panne électrique ravive la défiance autour de la taxe d’habitation
2025-12-13 15:01:00
La coupure générale d’électricité qui a plongé le Grand Libreville dans le noir du vendredi 12 au samedi 13 décembre n’est pas un simple incident technique. Survenue en pleine controverse autour de la future taxe forfaitaire d’habitation, elle met en lumière une fracture persistante entre effort fiscal exigé et qualité des services publics rendus.
Le vendredi 12 décembre, aux environs de la matinée, le Grand Libreville a été frappé par une panne d’électricité d’ampleur exceptionnelle, qui s’est prolongée jusqu’aux premières heures du samedi. Dans un communiqué, la Société d’énergie et d’eau du Gabon (SEEG) a évoqué un incident technique affectant le Réseau interconnecté de Libreville, sans livrer, dans l’immédiat, de précisions détaillées sur l’origine exacte de la défaillance. Une communication jugée insuffisante par de nombreux usagers, d’autant plus que l’épisode s’inscrit dans une longue série de coupures récurrentes, devenues presque routinières pour les habitants de la capitale.
Sur le terrain, la panne a agi comme un catalyseur de frustrations latentes. Dans plusieurs quartiers, de Montagne Sainte à Nkembo, les témoignages recueillis traduisent une exaspération croissante. La concomitance entre ce black-out et les débats sur l’instauration prochaine de la taxe forfaitaire d’habitation (TFH), dont le recouvrement sera adossé aux factures d’électricité, a renforcé le sentiment d’un profond décalage entre l’effort fiscal demandé aux ménages et la réalité du service public fourni. Pour beaucoup, il devient difficile d’accepter de nouveaux prélèvements alors que l’accès continu à l’électricité et à l’eau reste aléatoire.
Du côté des autorités, la TFH est présentée comme un instrument budgétaire destiné à renforcer les ressources de l’État, afin de financer les priorités nationales, notamment les infrastructures et les services publics. Le gouvernement insiste sur le fait que cette taxe ne financera pas directement la SEEG et que son adossement à la facture d’électricité relève uniquement d’une modalité pratique de collecte. Mais cette distinction peine à convaincre une opinion publique marquée par le souvenir d’autres contributions, comme celle pour l’enlèvement des ordures ménagères, dont l’impact concret sur l’amélioration du cadre de vie demeure peu perceptible. Dans un pays où les besoins d’investissements sont estimés à plus de 2 100 milliards de FCFA sur sept ans pour l’eau et l’électricité, et à près de 1,18 milliard de dollars par an pour les infrastructures au sens large, l’épisode du 12 décembre illustre un défi central : restaurer la confiance. Sans résultats visibles, rapides et mesurables, l’effort fiscal, aussi justifié soit-il sur le plan macroéconomique, risque de continuer à se heurter à une défiance sociale durable.