Circoncision masculine : pourquoi les chiffres mondiaux sous-évaluent massivement la réalité gabonaise



2025-12-02 14:09:00

Selon les dernières données de l’OMS, des enquêtes DHS et de la méta-analyse de référence publiée dans BMC Urology, seuls 15 % des hommes gabonais seraient circoncis. Un chiffre qui classe le Gabon au 121ᵉ rang mondial. Mais cette statistique, fondée quasi exclusivement sur les actes hospitaliers et les programmes médicaux, ignore l’essentiel : la profondeur culturelle des rites de circoncision dans les sociétés gabonaises.



Selon les bases de données internationales les plus récentes, compilées par l’OMS, les enquêtes DHS/MICS et les mises à jour 2023-2025 des programmes VMMC, le Gabon afficherait un taux de circoncision masculine d’environ 15 %. Cette estimation place le pays aux côtés de la Hongrie, de l’Argentine, du Brésil, de la Guyane française, de Madagascar ou encore de la République dominicaine, bien loin des pays à pratique quasi universelle où les taux dépassent 90 %. Dans ce classement mondial, dominé par les nations à majorité musulmane ainsi que par quelques cas culturels atypiques comme les Philippines, le Gabon s’inscrit dans la fourchette la plus basse d’Afrique subsaharienne. Une situation qui étonne au regard des réalités sociologiques nationales.

L’explication tient à la méthodologie. Ces statistiques ne prennent en compte que les circoncisions déclarées dans les structures médicales – hôpitaux, centres de santé – ou celles issues des programmes de circoncision volontaire masculine (VMMC) promus par l’OMS et financés dans certains pays par le PEPFAR. En revanche, elles ignorent totalement les circoncisions rituelles, pourtant ancrées dans la quasi-totalité des groupes ethnoculturels gabonais. Chez les Fang, par exemple, les rites melan prescrivent des âges et des lieux précis, souvent hors du système hospitalier. Dans l’Ogooué-Lolo, la Ngounié ou le Sud gabonais, les jeunes hommes sont circoncis dans la forêt selon les rites Djobi ou Bwiti. Toutes ces pratiques, centrales dans la construction identitaire, échappent aux comptages statistiques classiques, créant un écart abyssal entre les chiffres officiels et la réalité vécue.

Les taux publiés reposent en effet sur trois sources principales : les enquêtes DHS/MICS où les hommes de 15-59 ans déclarent eux-mêmes leur statut ; les données hospitalières et programmes VMMC mis en œuvre depuis 2007 dans 15 pays africains prioritaires ; et la méta-analyse mondiale de Morris et al., publiée en 2016 dans BMC Urology puis réévaluée jusqu’en 2025 pour intégrer l’évolution générationnelle et les campagnes de masse. Or, aucun de ces instruments ne capture les rites initiatiques gabonais, ni la diversité des pratiques communautaires. Résultat : un taux officiel de 15 % qui ne reflète pas la réalité culturelle nationale, mais uniquement la part médicale d’une pratique profondément ritualisée. Pour une lecture fidèle de la situation gabonaise, une révision méthodologique s’impose désormais.